Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez

Du 16 au 28 mai 2012, une sélection de 31 premiers films soutenus par l’ACID depuis sa création permettra de redécouvrir, en leur présence, les débuts d’un grand nombre de cinéastes. Une petite histoire du cinéma indépendant.
Plus d’informations sur les films, les horaires des séances, etc. : www.cinematheque.fr

Les cinéastes réunis au sein de l’ACID ont le plaisir de vous dévoiler quels films l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion présentera cette année à Cannes, du 17 au 26 mai.
Outre la France, les pays de production ou co-production de ces films sont l’Allemagne, la Belgique, l’Egypte, Israël, le Maroc, le Qatar et le Sri Lanka. La plupart (sept sur neuf) sont sans distributeur à ce jour et on notera que deux d’entre eux ont été autoproduits. Six sont des premiers longs.
Les séances cannoises de l’ACID sont ouvertes à tous les spectateurs, et sont suivies d’une rencontre entre les équipes des films, leurs “parrains” de l’association et le public.
Comme l’an dernier, l’ACID, qui soutient activement la sortie en salles d’une quinzaine de films indépendants par an, organisera également à Cannes, en association avec leurs distributeurs, des séances spéciales, destinées aux exploitants et à la presse, de trois films dont la sortie est prévue dans les mois suivant le festival.
Vous trouverez ci-dessous un texte de présentation générale et la liste de tous les films.
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Rendez-vous en salles !
Pour découvrir LES VIEUX CHATS de Sebastián SILVA et Pedro PEIRANO
Isidora et Enrique vivent une retraite paisible avec leurs deux vieux chats dans leur appartement cossu de Santiago du Chili. Une nouvelle panne d’ascenseur vient troubler la quiétude des lieux. Mais le pire est à venir avec l’arrivée impromptue de Rosario la fille tempétueuse d’Isidora.
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« Dans leur appartement encombré, Les Vieux chats passent une retraite ouatée mais troublée par les pertes de mémoire d’Isidora. La venue de sa fille Rosario, homo virulente, adepte de la nature et sniffeuse aguerrie, et d’Hugo, sa compagne à la masculinité bourrue, va mettre à mal la tranquillité fragile du lieu où le mode de vie des uns et l’agitation des autres ne peuvent que se heurter. Une tragicomédie burlesque et bergmanienne va exploser dans le champ féroce de la dynamique familiale. La drôlerie des scènes où se joue le hiatus des générations est à la hauteur de la crudité des règlements de compte, où les cinéastes savent faire circuler d’un personnage à l’autre sympathie et horripilation. En point d’orgue à cette arène bruyante, ils nous inviteront à une échappée rêveuse, à la référence fellinienne. Les quatre comédiens, superbes, insufflent une véracité sans fard aux personnages de ce quatuor, une partition où quatre solistes dialoguent, s’affrontent et se cherchent dans l’autonomie têtue de leurs affects. »
Cati COUTEAU
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LA PRESSE
« Découvert lors de la sélection 2011 de l’Acid à Cannes, tourné dans l’appartement de son actrice principale - remarquable Bélgica Castro -, Les Vieux Chats prend appui sur un terreau intime, en partie autobiographique. » Aureliano Tonet, Le Monde
« Il faut imaginer la rencontre, à Santiago du Chili, de la comédie italienne cruelle — mettons L’Argent de la vieille — et d’un mélo mère-fille tordu d’Almodóvar. (...) Tout de suite, le film est captivant dans sa manière d’investir les lieux comme par effraction, en silence, pour surprendre le couple âgé encore au lit, à peine réveillé. Des premiers mots aigrelets échangés à la prise d’un tas de médicaments, nous voilà témoins de rituels rares à l’écran, où le quatrième âge est généralement tabou. La Nana, le précédent film des deux auteurs, montrait le quotidien banal et invivable d’une bonne dans une famille bourgeoise. Ces deux-là ont le chic pour rendre spectaculaire l’espace domestique, pour faire parler les moindres recoins d’un logement, y révéler des drames passés ou en puissance. (…) Comme jeu de massacre en salon, le film va beaucoup plus loin, par exemple, que le petit théâtre de Yasmina Reza, récemment relayé à l’écran par Polanski. Il reflète crûment les décompositions, les recompositions, les déclassements de la famille contemporaine, et traite tout le monde avec la même rudesse, y compris les vieux et les chats... Il joue aussi avec nos paresses de spectateurs, trop vite tentés de croire à une issue réconfortante. L’octogénaire, jouée avec une témérité stupéfiante par une ancienne gloire des planches, n’a pas toujours la main dans les échanges, ni sa tête à elle, mais elle a le dernier mot du film, et ça fait mal. » Louis Guichard, Télérama
« Un film qui ne fait pas penser au cinéma, qu’est-ce que ça peut être ? Un livre, un drame, un tableau, une idée qui a pris chair ? Les Vieux Chats est sans manière, il fonctionne, ne ronronne pas - assis le regard fixe. Il écoute, plutôt, oreilles dressées et discrètes. (…) Sebastián Silva et Pedro Peirano ont le talent de nous éviter toute purée psychologique. Ils filment simplement les frontières spongieuses de l’âme délabrée, quand le monde s’émiette au thé glacé d’une disette dont nos enfants sont devenus le diabète. » Eric Loret, Libération
« Les ravages de la vieillesse et l’égoïsme des enfants, bien décidés à croquer dans l’héritage avant l’heure fatidique... Avec un tel sujet, de nombreux réalisateurs auraient sombré dans le misérabilisme et le chantage aux sentiments. Les Chiliens Sebastián Silva et Pedro Peirano ne sont pas de ceux-là. Pour dépeindre cette journée particulière, les deux cinéastes, grâce à un scénario elliptique et à une mise en scène utilisant à merveille l’espace confiné de l’appartement, font preuve d’une pudeur, d’un humour et d’une élégance qui leur permettent d’éviter tous les pièges. Au final, une évocation subtile de la vieillesse et de ses maux, d’autant plus émouvante qu’elle échappe à la sensiblerie. » Olivier De Bruyn, Le Point
« Comme dans La Nana, le climat domestique est plombé au point qu’on se demande si Rosario ne va pas jeter sa mère du balcon. C’est l’aboutissement bien mené d’une escalade de longs dialogues montés en neige, de temps réel (une journée) et de claustrophobie – limitée par l’espace, la caméra doit s’en remettre aux gros plans. (…) Le portrait de famille frise parfois le théâtre filmé, au casting certes impeccable. Mais il est vite équilibré, favorise les ambiguïtés des personnages (qui ont tous bien sûr leurs raisons). Et l’aspect documentaire du film a un aspect vérité décisif via son couple, uni dans la vraie vie, tournant dans son propre appartement et très connu au Chili : l’actrice de théâtre Bélgica Castro et le dramaturge Alejandro Sieveking. » Léo Soesanto, Les Inrockuptibles

Rendez-vous en salles !
Pour découvrir QUERELLES de Morteza FARSHBAF
C’est la nuit. Arshia, 10 ans, entend une violente querelle qui oppose ses parents suivie de leur départ précipité. Dès le lendemain, son oncle et sa tante, tous deux sourds muets, décident de prendre la route avec lui, pour rechercher ses parents soudainement disparus. Tandis qu’ils traversent le pays, des montagnes iraniennes à Téhéran, ce voyage donnera l’occasion au couple de revenir sur toutes ces années de vie commune, et de régler quelques comptes, sous le regard du jeune garçon...
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« Comment dire l’indicible ? Comment l’entendre ? Qui est sourd aux choses ? Qui devient muet de peur au bord de ce qu’il croit deviner ? À travers l’épreuve que traverse cette famille, Morteza Farshbaf nous propose de faire un voyage au coeur de ce qui ne se dit jamais et qui va, en l’occurrence, être hurlé en silence.
Car ce qu’il se passe dans cette voiture, entre le monde d’ « avant » et celui qui s’annonce, le réalisateur a décidé de nous le faire ressentir plutôt que de nous l’expliquer. Il le fait dès le premier plan du film qui nous plonge dans les perceptions de l’enfant tapi dans son lit - l’enfant entend la scène mais ne la voit pas -, puis il continue à le faire en déroulant sa narration le long d’un fil sensoriel - et ce faisant, il nous déplace. Car une fois ce pas de côté effectué, nous sommes à l’affût de ce que nous n’aurions peut-être pas entendu, « avant ».
Tel Cristian Mungiu dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, il tend son fil, le resserre jusqu’à étouffement. Quelque chose est tapi dans l’ombre, on le devine, on le ressent et on se demande d’où cela va surgir...
Notre regard évolue alors que le point de vue change : ce que nous croyons être n’est plus, ou n’est pas, et ce que le film creuse fini par se révéler de façon puissante et radicale. »
Vanina Vignal, cinéaste
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LA PRESSE
« Difficile de ne pas voir dans la figure de cet enfant silencieux une représentation du peuple iranien, maintenu contre sa volonté à l’écart du monde, et qui pourtant continue de se frayer au mépris du danger toutes sortes d’accès à l’extérieur, à la connaissance dont le pouvoir veut le priver. Mais Querelles ne se limite pas à cette dimension métaphorique. C’est un film sur la discontinuité et sur l’illusion de la communication, qui trouve dans le long et laborieux dialogue entre les deux sourds-muets (les acteurs sont réellement sourds et muets) une expression saisissante. C’est aussi une splendide peinture de l’Iran, pays qui se profile à travers des paysages d’un vert doux et lumineux. Plus que tout, ces interminables nappes d’herbes folles donnent envie de voir en elles la promesse d’un nouveau printemps. » Isabelle Regnier, Le Monde
« Fils spirituel d’Abbas Kiarostami, Morteza Farshbaf a réalisé un film humaniste dans lequel les adultes abattent leurs cartes sous le regard d’un enfant. Dans l’habitacle de la voiture, tout au long de ce voyage qui mène a Téhéran, d’autres querelles sous les yeux d’un enfant qui, sur ces routes de l’Iran, ressemble à « L’incompris » de Luigi Comencini. Par la rigueur de ses cadres, la justesse de sa mise en scène, l’intelligence du récit, la force tranquille de son montage, « Querelles » est un émouvant et très original road movie, sous les voiles et la religion d’Etat, des sentiments et des failles très humaines se font jour ». Pariscope
« Road-movie à la mode perse, Querelles fait une nouvelle fois la démonstration qu’économie de moyens et sobriété sont compatibles avec créativité formelle et force du sujet. Pendant près d’une heure trente, nous ne quitterons pas le trio ni cette voiture ou ses abords immédiats, lors des pauses, de plus en plus nombreuses, de plus en plus longues. » Arnaud Schwartz, La Croix
« Paradoxalement bavard, le film de Morteza Farshbaf contourne cependant, par la force des choses, la plupart des conventions de la parole au cinéma, notamment en préférant le plan frontal aux traditionnels champs – contrechamps. Chaque séquence est pensée et cadrée avec une extrême précision, en fonction d’un complexe réseau de dialogues, parlés et/ou joués, interrompus parfois par les aléas de la route (par exemple, l’oncle et la tante ne peuvent communiquer lorsqu’ ils sont dans un tunnel), et influencés par les capacités de chaque personnage le jeune garçon, silencieux durant la majeure partie du film, entend tout, comprend le langage des signes et sert de traducteur à son oncle et sa tante, qui, eux, émettent parfois des sons pour l’appeler par son nom. À la fois portrait d’un couple et réflexion sur la communication (le non-dit, les malentendus - au sens propre comme au figuré) au sein de la cellule familiale, Querelles est un film qui se fixe un programme riche et puissant, et qui le tient d’un bout à l’autre, par la force de sa mise en scène, la rigueur de son montage et un important travail sur le son. Mais cette force réflexive, qui décline l’analogie, désormais classique, entre cinéma et langage, n’oblitère jamais l’émotion des situations, écrites et jouées à la perfection. Une très belle réussite » B.U, Les Fiches du cinéma
Un film de Alessandro Comodin
France, Belgique, Italie - 2011Sortie : 4 juillet 2012
Un film de Sebastian Silva et Pedro Peirano
Chili - 2010Sortie : 25 avril 2012
Un film de Phan Dang Di
Vietnam, France - 2009Sortie : 14 mars 2012
Un film de Leila Kilani
Maroc, France, Allemagne - 2011Sortie : 1er février 2012