Aux sources du Nil, il était une fois la Révolution...

Publié le 15 mai 2015

Je suis le peuple, de Anna Roussillon, raconte les récents bouleversements politiques que la société égyptienne a vécus à travers le portrait d’une famille de paysans de Louxor.

« Television would not be televised », chantait Gil Scott-Heron pour dénoncer l’imposture des médias américains lors des émeutes des ghettos noirs de Los Angeles dans les années 1970. Janvier 2011, les chaînes du monde entier retransmettent en direct la révolution, place Tahrir, au Caire. À plusieurs centaines de kilomètres de là, du côté de Louxor, un homme retourne la terre en fredonnant une chanson d’Oum Kalsoum. Dans le ciel, des touristes en montgolfière survolent la vallée des Rois... Pendant les quatre années qui ont suivi les premières occupations de la place Tahrir, Anna Roussillon a filmé Farraj, sa femme, ses enfants, ses amis, ses voisins. Au plus près de sa vie de paysans, de son quotidien, rude et éprouvant. Au plus près de son visage émacié. Au plus près de son sourire, grave et malicieux ; de ses échanges - rugueux, francs du collier - avec ses voisins. Je suis le peuple vient soudain bousculer nos certitudes, la réalisatrice tissant avec sensibilité la trame d’un récit incroyable autour d’un événement historique vécu en temps réel par de simples paysans, alors que l’épicentre de la révolution serait ailleurs. Car cette révolution se joue là aussi. Dans le cœur de ses paysans. Dans cette maison aux murs décrépis où les enfants se blottissent contre leur père et l’écoutent commenter les images qui défilent sur le petit écran. Au milieu des champs où les conversations s’animent à la veille des premières élections après la chute du raïs. Entre coupures d’électricité, pénurie de gaz, le travail aux champs et la naissance de la petite dernière, le temps s’écoule, les enfants jouent, les échanges fusent. Farraj a l’étoffe d’un héros. Il ne le sait pas. Nous si.
Sa pensée, ses interrogations, son analyse politique de son pays nous sont précieuses. Et nous rappellent combien nous manquons d’humilité dans notre vision du monde globalisé. Combien nous voulons comprendre vite, trop vite l’Histoire en train de se jouer et de se faire. Ici, le cinéma redonne du temps à l’intelligence et à la complexité. Quand Farraj parle de démocratie, pas de grands discours, sa modestie, ses doutes face caméra forcent le respect. La télévision ne peut pas filmer la révolution. Le cinéma y parvient parfois. Ici, c’est le cas.



Marie-José Sirach - L’HUMANITE
14 mai 2015

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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