Bon pied, bon deuil - The Grief of Others

Publié le 21 mai 2015


En un seul film, sorti malheureusement un peu inaperçu en toute fin de l’année dernière, Patrick Wang était devenu un cinéaste à suivre pour ceux qui avait eu la chance de découvrir son magnifique In the Family. Il faisait d’un triste récit d’adoption par un veuf qui venait de perdre son compagnon une subtile odyssée intime sur la parole qui avait fait chavirer le cœur de ses spectateurs. Aussitôt annoncée, la sélection à l’ACID de son nouveau film, The Grief of Others, avait retenu l’attention, notamment par son titre qui semblait contenir la promesse d’une nouvelle réflexion sur le deuil. Alors, oui et non : The Grief of Others se déploie en premier lieu comme un récit choral sur – on aurait pu l’écrire en lettres capitales tant l’expression fait peur – une famille américaine et ses petits malheurs du quotidien. Mais le film de Wang n’est heureusement pas un ersatz des œuvres de Todd Solondz : il ne se rabaisse pas au niveau d’une satire cyniquement déshumanisée autopsiant avec une joie moqueuse et un effroi compassé les affres de la middle-class étasunienne. Considéré ici avec bienveillance, le deuil en question s’annonce au pluriel tout en étant singulièrement ressenti : chacun tente d’accepter les adieux à faire. Adieux à ses ambitions, à sa jeunesse, à son insouciance, et à la confiance en l’autre.

Adapté d’un roman de Leah Hager Cohen, The Grief of Others s’attache à dépeindre, tout en finesse et tendresse, ces deuils par des échos troublants qui finissent par se confondre en une douloureuse harmonie : les parents doivent affronter le mensonge sur la pathologie d’un enfant à venir, le fils doit oublier son enfance et devenir un adolescent, la fille doit construire un nouveau rebond dans sa vie sentimentale. Le tout est traité avec une pudeur détachée infinie qui rend le film de Wang particulièrement ouvert au monde et aux idées. Dans son traitement méditatif – ici, on s’évertue à ne pas trouver la réponse mais à se poser les bonnes questions, The Grief of Others raccorde ses affects par association d’idées. Cela teinte le film d’une couleur ludique et imprévisible : tel mur rouge est aussi un possible ventre maternel, tel lampe au plafond est une ouverture vers le jardin... Wang, dans une veine formelle moins sèche que dans In the Family, s’ingénie ainsi à trouver des idées de montage, souvent brillantes, pour soutenir la teneur tragique de The Grief of Others et l’amener sur le terrain de la chronique enlevée. Un cadavre exquis qui a aussi un certain ton fantastique avec ses fantômes qui hantent l’esprit de ses personnages dans un rapport crucial à l’altérité des vivants ou, plus surprenant, des morts.

Morgan Pokée - CRITIKAT
19 mai 2015
Critikat.com

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