Cannes 2015 : Crache-coeur

Publié le 21 mai 2015


Jozef, un ouvrier polonais, débarque en France pour rechercher son fils Roman, qu’il a abandonné quinze ans plus tôt. Il tente de le retrouver avec l’aide de Rose, la fille de son patron, sans se douter qu’il va déclencher des bouleversements dans la vie de ces deux adolescents à fleur de peau.

A CŒUR VAILLANT RIEN D’IMPOSSIBLE

Premier long métrage de la Française Julia Kowalski (lire notre entretien), Crache-cœur , sélectionné à l’ACID, semble s’inscrire dans une longue lignée de récits d’apprentissage de jeune fille, avec ses amours contrariées et ses bisbilles familiales. Mais (et c’est une vraie bouffée d’air), au naturalisme grisâtre à la française et aux formules toutes faites, la jeune réalisatrice préfère une certaine stylisation et n’a pas peur de renverser les clichés. Crache-cœur raconte l’histoire de Rose qui, contrairement à ce que son prénom indique, n’est pas qu’une douce et jolie fleur de jardin. Ici, on crache son cœur plus qu’on ne l’attrape. L’actrice Liv Henneguier, une épatante révélation, affiche une bouille grognonne et ressemble vraiment aux ados de votre classe. Face à elle, outre son jeune partenaire Yoann Zimmer, citons le Polonais Andrzej Chyra, remarqué dans Aime et fais ce que tu veux.

Kowalski a l’œil et un sens du détail sur ces jeunes filles qui lorgnent vers les beaux garçons d’à côté (« Arrête, c’est des bac pro ! ») et dépeint avec justesse le tragicomique d’un âge où l’on se saoule au Get 27 dans des soirées où l’on n’a - forcément - pas sa place. Le regard d’une réalisatrice change t-il quelque chose ? On ne nous ressert en tout cas pas ici le cliché de discussions masculines où seules les filles allument et ne savent pas ce qu’elles veulent : ici, c’est un garçon qui aguiche, teste son pouvoir de séduction sans jamais vraiment savoir ce qu’il désire. Rose, elle, semble en être un peu plus sûre.

Julia Kowalski semble sûre aussi. De son usage des couleurs notamment, qui rend plus intenses les sentiments de son héroïne : le bleu tendre des premières secondes, le rouge qui l’envahit lors d’une fête où elle est humiliée, les flammes qui dans la nuit éclairent son visage lorsqu’elle brûle une lettre. Ça ne fait pas de Crache-cœur un Suspiria pour autant, mais on est tellement habitué à un mépris de la forme dans un certain cinéma français bavard que ce soin fait plaisir à voir. Le film, fragile, est modeste : son histoire est épurée et il ne dure que 80 minutes - mais cette modestie aussi est une qualité. Car il y a dans ce petit film un certain talent à conjuguer simplicité et exigence.

Nicolas Bardot - FILM DE CULTE
Filmdeculte.com

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