Cannes 2015 : voyages au centre de l’humain

Publié le 19 mai 2015

« [...] Présenté dans le cadre de l’ACID, De l’ombre il y a, le deuxième film de Nathan Nicholovitch (après le remarquable et trop peu remarqué Casa Nostra) sème d’emblée un, et même plusieurs troubles.

Est-ce un documentaire ou une fiction ? Et pourquoi suivre les mésaventures quotidiennes de ce(tte) Mirinda, travesti français se prostituant à Phnom Penh ? Patience... La suite, en une série de rencontres, crises, séductions, construira la possibilité d’une, voire de plusieurs réponses. De ce personnage extrême, et ambigu à l’extrême, de ce corps attirant et dérangeant et intrigant d’homme déformé par la drogue et les privations autant que par une féminisation outrancière et pourtant très partielle, va peu à peu émaner bien davantage que cet air de soufre et de stupre.

Des bas-fonds de la capitale à une traversée vers les confins et l’exploration d’autres milieux –la jungle, la campagne, la ville portuaire–, l’irruption d’une petite fille mutique et obstinée engendre à la fois une sorte de quête héroïque et la révélation de tout un monde, sordide et dangereux, mais vibrant de vie.

Dans un monde hanté par la mémoire de la terreur khmère rouge, par les errements de la mauvaise conscience et l’hédonisme en dollars des Occidentaux et par l’omniprésence de tous les trafics possibles, cet étrange chevalier contemporain en minirobe et perruque de starlette et sa minuscule compagne qui ne sait énoncer que le tarif des passes qu’elle prodigue aux usagers du tourisme sexuel pédophile deviennent l’entrée dans un monde intérieur enchanté.

Assurément, cet enchantement-là n’a rien de joli, il est, y compris jusqu’à la violence extrême, affirmation d’une volonté et d’une capacité de vivre. Et passe, de manière assez magique, par un réalisme extrême pour atteindre une puissance de conte qui ne l’est pas moins. »


Jean-Michel Frodon - SLATE
19 mai 2015
Slate.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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