[Cannes, ACID] « Pauline s’arrache » : plongée sauvage dans la famille d’Emilie Brisavoine

Publié le 16 mai 2015


Dessinatrice, graphiste, Emilie Brisavoine s’interroge en particulier sur les questions de genre, de politique, de sexualité. Ce projet trouve ici son expression au cinéma, avec un documentaire à l’arrache sur sa drôle de famille. Un film prenant.

Nous avions d’abord aperçu Emilie Brisavoine, coiffée d’un bonnet péruvien, dans l’excellent La Bataille de Solferino de Justine Triet, où la dispute de couple enflait jusqu’aux proportions dionysiaques de la foule du 6 mai 2012 (voir notre critique). Puis, nous avions remarqué ses jolies fesses moulées dans un pantalon vert dans le mélancolique court-métrage Peine perdue d’Arthur Harari (voir notre critique). Chacun de ces jeunes cinéastes a son style propre (également Virgil Vernier, Guillaume Brac ou Vincent Macaigne), mais ils partagent tous cette énergie explosive, presque sauvage.

Ici, Emilie Brisavoine nous introduit, sans carton d’invitation mais avec quelques dessins bien croqués, au sein de sa famille. Comme dans beaucoup de famille, les cris, les insultes sont un mode d’expression naturel, qui charrie autant d’agressivité que d’attachement. Mais cette cellule familiale possède quelques particularités un peu moins courantes : la mère d’Emilie et de son frère, séparée du père d’Emilie, Yves (dont il ne sera plus question), s’est remariée avec Frédéric, un homme de huit ans son cadet et qui se travestit en femme le plus clair du temps (on pense un peu au très réussi Fils de de HPG). De leur amour sont nés trois enfants : Anaïs, Guillaume et Pauline. Les deux aînés ont décidé de vivre ailleurs, sous un toit plus calme. Pour Pauline, 15 ans, s’arracher est plus difficile. Très consciente de l’instabilité de ce noyau familial en fusion, Pauline s’est habituée aux cris et à leur charge de vitalité. Pour autant, rien n’est simple et les angoisses semblent se transmettre comme autant de liens supplémentaires.

Tour à tour, à toute vitesse, le film passe du cri à la confidence à voix douce ou à voix cassée. Témoin de scènes déroutantes ou de confessions émouvantes, le spectateur est nécessairement touché. Emilie reste volontairement un peu en marge (apparaissant seulement au détour d’une photo de famille, mais présente par la voix), respectant le désir de sa mère de ne pas trop se montrer et suivant avec bienveillance la jeune Pauline dans sa quête d’amour et de liberté. Souffrance et culpabilité, épinglés par la caméra, sont-ils ainsi un peu apprivoisés ?

Pauline s’arrache, d’Emilie Brisavoine, France, 88 minutes, film documentaire, 2015. Sélection ACID 2015, Festival de Cannes.



Olivia Leboyer - TOUTE LA CULTURE
15 mai 2015

www.toutelaculture.com

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