Comme un ouragan

Publié le 18 mai 2015


Une fois encore, l’ACID a repêché une petite merveille : Pauline s’arrache, d’Emilie Brisavoine. Documentaire punk sur une famille pas comme les autres.

« On ne voit plus les grandes histoires d’amour du début de notre vie, ces drames, ces drames, ces tragédies, ces ouragans qui passaient sur les vies et allez ! qui rasaient, balayaient, maintenant tu regardes, plus rien de ça, la gentillesse partout, c’est bien, ça, la compréhension, partout ... » A sa façon, c’est-à-dire sans façon, Pauline s’arrache propose un démenti à ces regrets de Marguerite Duras. Et un démenti documentaire, ce qui ajoute à son irrévérence.
C’est le film d’une famille : il y a le père, la mère, la sœur, le frère et Pauline. C’est aussi un film de famille, vu par la demi-sœur, Emilie Brisavoine. Un prologue nous présente les uns et les autres sous les alentours niais d’un conte de fées. Et puis ça commence, ça gueule, ça pleure, ça s’aime, ça vit. Ça balaye grave. Le filme tente un équilibre instable entre la gentillesse (celle, compréhensive, des histoires de princesse) et une sorte de vérité des rapports (celle, tragique, de la vie des adolescentes). La demi-sœur, cachée derrière son caméscope, est une demi-présence. Plus ils sont terribles, plus elle est douce, et comme débordée par la situation. Quand l’ouragan passe, le point de vue tangue, qui se cherche une place introuvable - dans le film ou dans la famille. Elle traque quelque chose qui lui échappe, et qui nous atteint, indirectement mais en plein dans la gueule.
C’est ce qui est bien dans les filmes de famille, ils filment toujours à côté, ne servent qu’à compléter, quand un jour par hasard on se les repasse, l’intensité du vrai souvenir. Pauline s’arrache, par le truchement du cinéma amateur, nous balance en creux cette intensité-là, qui nous est refusée et offerte. Comme ces images de l’enfance de Pauline, où elle danse avec son père travesti sur Double Je de Christophe Willem : flashback et playback unis dans une même dinguerie, l’intimité qui reste secrète et le spectacle absolu, exhib, jouissif. C’est vrai que tous les costumes lui vont bien.
Celui du père sévère, sur le mode irrationnel des « allo Papa, ça va ? Arrête de te foutre de ma gueule ! » nous donne une des grandes histoires d’amour qui composent le film, la tendresse trash qui unit la fille et le père. Lui aime les hommes et une femme, Maud, la mère, et c’est le deuxième ouragan. Enfin, l’histoire de Pauline et Abel, qui finit mal, dans un torrent de larmes indifférentes à la demi-caméra qui les recueille. Ces drames, ces drames, se succèdent dans un désordre apparent, monté comme une imitation de la vie. Se dessine pourtant une sorte de chemin dans le film, la recherche par Pauline d’une vérité sur soi-même, quête adolescente ou universelle. Toute jeunesse est en elle-même un journal filmé. Il y a ce grand moment de révélation, un monologue de Pauline qui comprend sa place dans la famille avec la sagesse la plus expressive : « Comme si mon crâne venait de chier une merde constipée depuis des années. » Une épiphanie ordinaire, parmi toutes celles que le film ménage et provoque. La grande claque d’un début dans la vie.



Luc CHESSEL - GRAZIA
17 mai 2015

Revues de presse

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