Critique : La Vanité, rêverie de nos existences fragiles

Publié le 22 mai 2015

Un Motel au bord de la route, à la sortie de Lausanne. Une enseigne rouge miteuse et un bar, le Hollywood, à quelques mètres. Le lieu choisi par David Miller, vieil architecte cynique et désabusé pour retrouver Esperanza, qui va l’accompagner dans son départ, choisi, par euthanasie assistée. Dans la chambre voisine, un jeune homme prostitué reçoit ses clients. Ces trois personnages aux antipodes vont se rencontrer, se connecter, s’affronter, mouvementant les desseins de David Miller…

Conçu comme un huis clos et intégrant certains codes du road-movie mélancolique à la My Blueberry Nights (Wong Kar Wai), La Vanité est surtout un pur conte de Noël, où le froid et la neige rendent plus clair encore la lumière rassurante et fragile d’un intérieur. La temporalité suit ces mêmes codes, laissant l’action s’exprimer sur une nuit.
Ce poème en image, à la fois fable lancinante d’inspiration lynchienne et comédie douce-amère au vrai-faux suspens hitchcockien, touche à la grâce par l’hommage qu’il rend au réel, aussi ironique et friable soit-il. Sauvé par l’humour, même noir, le réel peut enfin être expérimenté par lui et pour lui seul.
Au plus près de ses comédiens, sans jamais entraver leur déploiement, le metteur en scène Lionel Baier laisse s’exprimer leur jeu dénudé d’artifice.

La concision des dialogues parodiques confère au film une drôlerie instantanée, et si parler d’un sujet aussi délicat que l’euthanasie assistée avec une causticité aussi assumée peut paraître délicat, le réel enjeu (à vrai dire le réel sujet) du film, est son questionnement sur l’existence. Que reste-t-il quand il n’y a plus rien ? Et bien il reste la rencontre avec un jeune homme prostitué aux papiers falsifiés, à l’insouciance tenace, prêt à mettre à mal le désir d’en finir d’un homme ayant perdu le goût. À quoi bon continuer ? Pour tenter aussi peut-être d’ apaiser les relations avec un fils longtemps délaissé.
Qu’y-a-t-il derrière ce rideau flottant, voile impénétrable des aspirations ? Un monde meilleur ? La mort, si proche et si loin ? La vie, enfin habitée, vécue ?
Comme le dit Lionel Baier « plus l’on veut organiser, contrôler son départ, plus la vie résiste, devient sauvage. » La Vanité est celle de l’homme, aveuglé par son obsession du contrôle, qui de façon amusante amoindrit son libre arbitre. Il lui faut alors déplacer son oeil, pour laisser apparaître l’ inviolé, l’ insondable. Comme dans ce tableau d’Holbein le Jeune, les Ambassadeurs, accroché dans la chambre d’hôtel de David Miller, où la figure d’un crâne en anamorphose n’est visible qu’en se penchant de côté, permettant d’observer le tableau de biais.

En faisant de l’euthanasie assistée la toile de fond et le point de départ de l’intrigue, Lionel Baier ne se positionne pas d’un point de vue politique, ne donnant pas de jugement moral positif ou négatif, laissant une quelconque approche éthique de côté.
L’humour guidant le tout, La Vanité a la grandeur simple et vivifiante d’un cinéma porteur de l’espoir d’un ailleurs toujours possible, aussi utopique fut-il. En laissant la poésie, l’égarement, le hasard nous guider, la vie devient un conte, une aventure pleine de surprise. Il suffit de se déplacer légèrement, de regarder un rien « à côté », et de se rendre disponible au monde et aux êtres.

Théo Savary - Nouvel Ecran

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr