Festival de Cannes : Comment réussir son film de famille dans la lignée de « Pauline s’arrache »

Publié le 18 mai 2015


C’est un conte de fée inscrit dans la réalité, avec une reine, deux rois et leurs héritiers. Emilie Brisavoine, 31 ans, présente à l’Acid – le off du Festival de Cannes — un portrait de sa sœur de 15 ans, Pauline Lloret, qui, par la grâce d’un tournage de quatre ans, aboutit à une saga familiale palpitante et bouillonnante : Pauline s’arrache.

On a tous tenté de réaliser un jour des films de famille, sans toujours y parvenir.
20 Minutes a demandé à la réalisatrice ses conseils

Eprouver un « besoin viscéral » de filmer sa famille
Pauline, 15 ans, « traversait une période difficile », de doute, de quête d’identité. « J’étais étudiante en sociologie, raconte Emilie Brisavoine, et je me suis dit que la filmer pourrait peut-être l’aider face à ses questionnements d’adolescente. J’ai très vite ressenti un besoin viscéral de tourner. »

Mais on ne raconte pas une telle histoire en deux temps, trois mouvements. Au départ, Emilie n’avait pas idée que le tournage durerait quatre ans, ni que le résultat, après un an de montage et de postproduction, deviendrait un documentaire de cinéma diffusable dans les salles de cinéma. « Le montage est apparu nécessaire, moins pour faire un vrai film que pour permettre aux membres de sa famille de prendre du recul par rapport au tounage. »

Faire des membres de sa famille « des personnages singuliers »
Qui dit histoire, dit personnages. « C’est sûr que moi j’ai la chance d’avoir une famille atypique », dont les membres ont chacun « des zones d’ombre et de lumière », comme des héros de fiction. Il ne s’agit pas de transformer la réalité mais de rechercher ce qui fait leur singularité.

Pauline est une adolescente a-do-rable, très à l’aise devant une caméra grâce aux chats vidéo ou à Facebook. Ses parents aussi sont attachants. Avant de rencontrer la mère d’Emilie et d’avoir avec elle trois enfants, le père de Pauline était attiré par les garçons et ne le cache pas. La mère d’Emilie et de Pauline est une ancienne reine de la nuit. Elle a huit ans de plus que son second mari et souffre aujourd’hui de cette différence d’âge. Quant aux enfants, ils grandissent et se rebellent à tour de rôle, jusqu’à ce que la petite dernière, Pauline n’envisage de « s’arracher » à son tour du royaume…

A la centaine d’heures d’images tournées, Emilie Brisavoine a eu la bonne idée d’ajouter quelques séquences d’archives familiales qui agissent comme des ponctuations dans le montage final : la rencontre de Fred et Meaud, les parents de Pauline, ses anniversaires de petite fille…

Maintenir « l’attention sur les liens » familiaux
Les personnages du film ont tous en commun de vouloir être aimés et s’émanciper, ce qui crée forcément des tensions. « Rien n’est moins figé au monde que des liens familiaux », affirme Emilie Brisavoine qui a observé ceux de sa famille quatre ans durant. « Les conflits, les disputes, la difficulté de maintenir une harmonie, de desserrer ou de renforcer les liens à bon escient », tout le monde a des problèmes de famille et c’est justement ça qui rend le propos de Pauline s’arrache universel.

A Cannes, dans la salle des Arcades, le public riait et pleurait. Les critiques étaient aux anges. La réalisatrice sait aussi qu’elle a eu la chance de bénéficier « de la bienveillance et de la complicité » de sa famille, malgré la gêne que la « dimension intime du tournage » a pu parfois occasionner.



Stéphane LEBLANC - 20 MINUTES
17 mai 2015

20minutes.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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