L’architecte, la secrétaire et le giton

Publié le 23 mai 2015

Programmé à Cannes par l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), Lionel Baier rejoint tous les réalisateurs qui depuis plus de 20 ans d’Alain Cavalier aux frères Larrieu ont été aidés par cette section non compétitive dont la mission reste de donner visibilité à des auteurs parfois sans distributeur et de faciliter la sortie en salles de leurs films. La Vanité faisait partie de la sélection des 9 longs-métrages présentés à Cannes cette année.

Un homme arrive un soir dans un motel isolé près de Lausanne. C’est David Miller, un architecte atteint d’un cancer en phase terminale. Il veut mourir par euthanasie assistée dans ce lieu conçu autrefois avec sa femme, et qui semble sorti d’un road movie américain ou d’un tableau de Hopper. Un tel pitch pouvait laisser craindre un drame crépusculaire ou un film à thèse sur l’interruption volontaire de la vie. Il n’en est rien. Ce n’est qu’un trompe-l’œil, à l’instar du tableau d’Holbein, Les Ambassadeurs, trônant au-dessus du lit de David, représentation de la vanité du pouvoir séculier, défiée par une tête de mort en anamorphose. Rien ne se passera comme attendu par le méfiant spectateur, comme prévu par le vaniteux architecte.

Plans et planification mis à mal par Esperanza la bien nommée, dispensatrice des substances létales et par Tréplev, un jeune prostitué œuvrant à corps et à cris dans la chambre contiguë. Le huis clos dans l’hôtel désert -en fin de vie comme son concepteur puisqu’on s’apprête à le fermer- tourne à la comédie noire, au conte de Noël où le miracle naît de la rencontre improbable des trois personnages et de leur complémentarité : Esperanza est la veuve d’un maçon espagnol, Tréplev s’intéresse au design, tous deux doués de l’empathie dont est dépourvu David.

Rebondissements, retournements de situation sont orchestrés avec virtuosité par Lionel Baier qui peaufine les détails. Le dancing déserté et ringard s’appelle Hollywood ; au vert du rideau du tableau d’Holbein répond le rouge de celui de la chambre derrière lequel se matérialisent les cauchemars de David. Lynch n’est pas loin. Le cinéma est bien là. Et c’est jubilatoire ! Le swing des mots de Nougaro côtoie Chostakovitch. Le Suisse, l’Espagnole et le Russe génialement interprétés par Patrick Lapp, Carmen Maura et Ivan Georgiev traversent la froide nuit helvète, partagent un peu de leur histoire avant de s’échapper du motel mortifère vers les lumières de la ville pour une possible rédemption.

Elise Padovani - Zibeline.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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