Les naufragés de l’espace

Publié le 29 juin 2015

Original, visuellement élaboré, et bénéficiant d’un scénario aussi intelligent que teinté d’humour, cet OVNI du paysage cinématographique français est un véritable ravissement.


Après Léger tremblement du paysage (2008), Cosmodrama est le second long métrage de Philippe Fernandez, cinéaste, mais aussi professeur aux Beaux-Arts de Bordeaux, artiste et vidéaste. Il s’agit de l’une des rares incursions du cinéma français dans le genre de la science-fiction. Sélectionné dans la section ACID du Festival de Cannes, le film est traité sur le ton d’une comédie dramatique métaphysique, plus proche du second degré du Godard d’Alphaville que du grand spectacle hollywoodien. Car loin de rivaliser, on pouvait s’en douter, avec des divertissements industriels comme Les gardiens de la galaxie ou des projets plus ambitieux de la trempe d’Interstellar. Cosmodrama propose une approche plus singulière et décalée, en conformité avec son budget et son label de petit film d’auteur. Soit donc un vaisseau spatial dans lequel l’équipage se réveille de cryogénisation, en état d’amnésie. Un singe et un chien se trouvent en présence d’un astronaute, d’un biologiste, d’un psychologue, d’un sémiologue, d’une généticienne et d’un reporter. Ne sachant plus ni où ils sont, ni d’où ils viennent, ni le but de leur mission, les cosmonautes doivent se baser sur leurs observations pour émettre des hypothèses...


L’œuvre est subtilement découpée en « quatorze stations », chaque scène présentant une multitude de théories (philosophique, physique...) sur les rapports entre l’humain et l’univers. Par une série de gags et situations saugrenues, l’auteur se fait ensuite un malin plaisir à les remettre en cause. Ce pourrait être confus, répétitif, ou ne dépassant pas le niveau d’un sketch des Inconnus. C’est au contraire d’une finesse et d’un humour pince-sans-rire comme on aimerait en découvrir plus souvent à l’écran. Sur le plan visuel, le réalisateur aligne les références et multiplie les clins d’œil, du vaisseau de 2001 à l’esthétique kitsch de Star Trek. Il en résulte un trip pop, psychédélique et jubilatoire, tourné avec quatre bouts de ficelle. Car Philippe Fernandez ne cherche pour rien au monde les mises à jour techniques de l’ère numérique, et opte pour des décors de carton-pâte et des trucages d’un autre âge. On retrouve un esprit similaire à la démarche artisanale de Manoel de Oliveria qui s’efforçait de retrouver la magie de Méliès dans L’étrange affaire Angélica. Jackie Berroyer, Bernard Blancan et les autres acteurs semblent s’amuser comme des fous à ce délirant jeu de pistes délibérément hors des sentiers balisés du cinéma français.



Gérard Crespo - A VOIR A LIRE
En collaboration avec le site CINEMASMAG

Le 28/06/2015



www.avoir-alire.com/cosmodrama-la-critique-du-film

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