Les Secrets des autres - Le chagrin sans la pitié

Publié le 22 juin 2015

Ce portrait d’une famille fragilisée confirme la personnalité d’un cinéaste inspiré, qui a présenté ce second long métrage à la section ACID de Cannes 2015.

Notre avis : Adaptation d’un roman de Leah Hager Cohen très apprécié de la presse américaine, The Grief of Others est le second long métrage de Patrick Wang, réalisateur d’origine taïwanaise, auteur de In the Family (2011). Le film, comme le livre, s’attache à décrire une famille en phase de décomposition à la suite d’un deuil. Les parents, John (Trevor St. John) et Ricky (Wendy Monitz), ne se sont pas remis de la mort de leur bébé, qui avait vu le jour avec une grave malformation. Ils tentent tant bien que mal de surmonter le drame en compagnie de leurs autres enfants : Paul est un pré-ado pétulant et obèse, victime de moqueries, tandis que sa sœur Biscuit est adepte de l’école buissonnière. L’irruption de Jess, la demi-sœur issue d’un précédent mariage de John, va être le catalyseur de l’expression de blessures profondes. Car la jeune femme est enceinte et s’installe pour une durée non déterminée chez ses parents. En dépit des apparences, The Grief of Others n’est en rien un mélo ou un psychodrame. Le cinéaste évite avec subtilité le pathos et les lourdeurs explicatives en signant une œuvre en demi-teinte.


La caméra butine de l’un à l’autre des personnages, au gré de séquences sans véritable linéarité, qui reconstituent progressivement les éléments dramatiques du scénario. On est donc loin de la démarche plus introspective d’un Nanni Moretti dans La chambre du fils, auquel l’intrigue fait inévitablement penser. Brisant la cohérence temporelle, créant des digressions qui s’avèrent des fausses pistes, introduisant des personnages secondaires qui s’incrustent dans le champ, Patrick Wang arrive à déjouer les attentes et se montre véritable cinéaste d’atmosphère. Plus qu’à Cassavetes, auquel certains l’ont comparé, on songe à tout un courant du cinéma asiatique, de Naruse et Ozu à Kore-Eda, mais aussi à l’univers mélancolique de Tchékhov. Ce cinéma qui n’hésite pas à installer de longs plans séquences pour créer une promiscuité avec une famille en désespérance pourra paraître toutefois un brin poseur pour qui n’adhérera pas au dispositif. Mais ce film tourné en quinze jours avec un Super 16 est artisanal dans le meilleur sens du terme, et son réalisateur s’impose comme une personnalité marquante d’un cinéma indépendant américain sans artifices ni concessions.



Gérard Crespo - A VOIR A LIRE / En collaboration avec le site CINEMASMAG
21.06.2015



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