New Territories de Fabianny Deschamps

Publié le 8 octobre 2014

New Territories, premier long métrage de Fabianny Deschamps, prend le spectateur sous le charme (au sens ancien du terme, un charme qui relève donc de la puissance magique) d’une voix hypnotique pour l’entraîner, sur le rythme d’une errance alanguie, dans le sillage d’Eve, une jeune française chargée de commercialiser un nouveau procédé de crémation funéraire, procédé tout à fait contraire à des traditions millénaires déjà brutalement mises à mal par des régimes successifs peu regardant en matière de pratiques religieuses. Pendant que cette voix - celle de Li Yu, ouvrière chinoise de vingt ans - fait le récit de son exil vers les “New Territories”, région située entre la Chine continentale et Hong Kong, le jeune femme française semble de plus en plus tourmentée par l’incongruité de sa mission. Dans cet entre-deux mondes - la voix de la Chinoise d’un côté, la silhouette de la Française de l’autre - se dessine un territoire inédit, duplicata étourdissant, vertigineuse mise en abyme de cet objet hybride, né d’un assemblage de sons et d’images, qu’est un film. Comme si l’objet film n’était lui même qu’un entre-deux mondes, un terroir de limbes, ni tout à fait réel, ni tout à fait rêvé. Ce n’est pas faute, en ce qui concerne Fabianny Deschamps, d’avoir adossé New Territories à un stupéfiant fait-divers, une information parue dans la presse chinoise et irrémédiablement censurée, dès le lendemain. Laquelle concerne une soudaine et recrudescente vague d’assassinats, dont les victimes, ou plus exactement leurs dépouilles, négociées à prix fort, servaient de substituts à la crémation, devenue obligatoire. Ainsi, la famille d’un défunt qui tenait à respecter des croyances et des pratiques funéraires multiséculaires, pouvait acheter un cadavre et le présenter illégalement à la crémation tout en procédant clandestinement aux funérailles traditionnelles de leur parent. Il résulte de tout cela un film étrange et beau, une rêverie sous envoûtement, des sensations inédites, une œuvre à découvrir, c’est indubitable.

Roland Hélié - LES FICHES DU CINEMA - 7/08/2014

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