Quand le corps de David d’Ingeo fait « boum boum »

Publié le 23 mai 2015

Aperçu dans une fête cannoise, silhouette élastique et bouche qui n’en finit pas, il a un petit air de Mick Jagger. Découvert à l’écran, corps noueux et cheveux décolorés, il fait plutôt penser à Iggy Pop. Mais raté : quand on lui parle, il est tout tranquille, à l’opposé de la bête de scène rock… Voilà du moins un visage révélé à Cannes : David d’Ingeo, né en 1968, tient le rôle principal dans De l’ombre il y a, deuxième long-métrage de Nathan Nicholovitch, présenté à l’ACID. Il est Mirinda, un homme qui se prostitue à Phnom Penh, et vit en femme.

Le comédien est inconnu du grand public, mais sa prestation transgenre n’est pas passée inaperçue – De l’ombre il y a est en compétition pour la Queer Palm. Né à Lyon, d’un père italien, il a grandi à Villeurbanne. Puis est parti en Italie où il a été repéré lors d’un casting sauvage : il a tourné dans quelques films (érotiques notamment), avant d’aller étudier le cinéma aux Etats-Unis, à Los Angeles. En 1998, Dario Argento lui confie un rôle dans Le Fantôme de l’opéra (1998), puis sa fille, Asia Argento, dans Scarlet Diva (2000). La même année, il joue dans le film de Bernard Rapp, Une affaire de goût, avec Bernard Giraudeau, Jean-Pierre Léaud, Charles Berling… Il est aussi peintre, photographe – pour le Grey Magazine – et vit à Paris.
Fiction très documentée

Dans De l’ombre il y a, Mirinda vit au jour le jour, jusqu’à ce qu’une fillette en errance entre dans sa vie. Elle propose à des hommes des parties de « boum boum » pour cinq dollars. Cette fiction, très documentée, prend le temps de parcourir le « territoire » physique et mental de Mirinda, dans une succession de tableaux : les plis de son corps, ses variations féminines, masculines, son imaginaire, le sentiment naissant de la paternité… Un calme étonnant émane de ce quotidien délabré, hanté par les procès des khmers rouges.

David d’Ingeo a longuement travaillé son personnage avec le réalisateur, qu’il connaît bien : il jouait déjà dans son court-métrage No Boy (2012) et dans son premier long Casa Nostra (2012). « Avant même de savoir si Nathan allait trouver l’argent pour tourner le film, je me suis laissé pousser les cheveux, et teint en blond », raconte-t-il. Le temps passant, ses cheveux châtains ont repris du terrain, des racines sont apparues, c’était parfait ! Puis il a arrêté de faire du sport, son corps s’est relâché.
Multiples facettes

Enfin, le départ : l’équipe du film s’est installée pendant six mois à Phnom Penh, entre décembre 2013 et juin 2014. « J’ai commencé à m’habiller, et à sortir en fille dans Phnom Penh. J’étais le “lady boy”, que l’on appelle aussi le “taxi girl”. Je ne passais pas inaperçu, mais je n’ai jamais reçu d’insultes. Je suis allé dans les bars à hôtesses du quartier Riverside, et me suis lié avec des filles », poursuit-il. Un soir, il a tiré les cartes à des clientes, faisant semblant d’avoir entrevu leur destin. Ces improvisations ont nourri le personnage. La scène a été ensuite tournée pour de bon – c’est l’une des plus drôles du film –, avec des cartes qu’il a lui-même dessinées. Le tournage a eu lieu au Candy Bar, au milieu des hôtesses. Faux seins, maquillage ou mini-robe sans perruque, crâne rasé, le lady boy offre de multiples facettes. Cherchez le garçon…

Au fait, pourquoi Mirinda ? « C’est le nom d’un soda que je buvais à Phnom Penh : une version bas de gamme du Fanta », sourit David d’Ingeo. Quant au titre du film, c’est tout simplement le nom d’un restaurant. « S’il y a de l’ombre, c’est qu’il y a aussi du soleil. »

Clarisse Fabre - LE MONDE

22 mai 2015

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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