Retour à Forbach

Un film de Régis Sauder

France - 2017 - 1h18 min - Couleur

Sortie : 19 avril 2017

Sélections et prix :
Film soutenu par la Ligue des Droits de l'Homme et par Image de Ville
Cinéma du Réel 2017

Image : Régis Sauder, Thomas Weber
Son : Pierre-Alain Mathieu
Montage : Florent Mangeot
Musique : Deficiency

Régis Sauder revient dans le pavillon de son enfance à Forbach. Il y a 30 ans, il a fui cette ville pour se construire contre la violence et dans la honte de son milieu. Entre démons de l’extrémisme et déterminisme social, comment vivent ceux qui sont restés ? Ensemble, ils tissent mémoires individuelles et collectives pour interroger l'avenir à l'heure où la peur semble plus forte que jamais.


Texte de soutien de l'ACID :

Retour à Forbach est construit comme un voyage initiatique à l’envers.
Un homme déjà grand retourne vers l’enfant qu’il a été.
Il nous prend à témoin pour tenter de donner corps à la place qu’il a su trouver dans le monde. Une place construite avec Forbach, depuis Forbach, malgré Forbach.
Point d’origine, point de rupture.
Forbach est la ville de l’enfance que le cinéaste (re)construit pour nous avec ses impressions, ses hésitations. Un lieu qu’il connaît sans le reconnaître, filmé du point de vue de l’étrangeté, offert à nos regards comme des blocs de béton sensibles, imbriqués dans ses souvenirs doux-amers avec la précision aigüe du trauma.
On retrouve avec lui les bancs de l’école, les arbres du jardin.
On entrouvre les armoires de la maison de famille, à vendre puis vendue.
On regarde par dessus son épaule la ville filmée avec douceur, sur laquelle l’implacable bande son assène les noms égrenés lors du dépouillement du vote où le Front National rafle la mise. Voyage à Forbach, ville fantôme, ville vivante, ville usée, ville trouée. Voyage dans toutes les possibilités d’une ville et d’une vie aujourd’hui en France.
Un voyage, c’est aussi ce qu’a vu Annie Ernaux. Son regard d’écrivain résonne comme une invitation :

J’ai regardé hier soir le documentaire de Régis Sauder et depuis, j’ai l’impression d’être réellement allée à Forbach, et sûrement pas comme Hollande en coup de vent, d’avoir été immergée dans l’histoire morte de cette cité, les houillères, et le présent des gens, leur immense délaissement, leur désarroi, leurs souvenirs aussi. Il y a un souci constant de montrer les rues, les commerces, les immeubles, les pavillons, et puis les gens, qui portent les uns le passé, les autres le présent et l’avenir. C’est ça, non pas seulement vivre dans une ville, ici Forbach, mais « être » d’une ville comme Forbach, avoir le souvenir d’une cité rasée, de l’école, des amitiés, c’est s’être construit avec ça, comme dit une femme, et envisager d’y rester. La maison d’enfance vidée et à la fin vendue à Ahmed, très belle ouverture et beau final d’une nouvelle transmission. L’émotion n’est pas sollicitée, elle vient des images, des mots à la fois directs et pudiques sur la honte.  

Naruna Kaplan de Macedo, cinéaste, et Annie Ernaux, écrivain



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Retour à Forbach

Un tel titre en appelle d’autres, comme l’immense poème d’Aimé Césaire, Cahiers d’un retour au pays natal ou l’émouvant récit autobiographique de Didier Eribon, Retour à Reims. Le mot « retour » nous murmure aussi « aller ». Il a bien fallu y aller pour en partir et y retourner, non ?
Régis ne dit pas grand chose sur sa naissance à Forbach et son rapport à cette maison parentale qu’il vide de ses meubles avec sa sœur. Il ne nous dit pas grand chose sur sa vie d’élève, ses copains, ses jeux d’enfants. Par contre, il s’attarde sur le relief collinaire de la ville, les grands arbres chargés de feuilles, la nature apaisante dans laquelle elle semble baigner et dont on devine difficilement le tohu-bohu usinier, le cri autoritaire des sirènes, les va-et-vient des ouvriers. On devine que l’économie locale est sinistrée, que les habitants de cette région confisquée par des dynasties industrielles ne savent plus trop quoi penser, que le ressentiment des uns s’articule au désespoir des autres.
Régis est parti pour échapper au destin ouvrier local, pour aller voir ailleurs s’il s’y trouvait. Il a oublié Forbach. Il s’en est détaché. Il en avait honte, non pas à cause de ses origines sociales, mais de ce contexte paternaliste, violent, injuste et raciste. Et puis, peut-être à cause de l’extrême-droite qui s’empare des esprits de gens ordinaires, dont d’anciens condisciples.
J-J Harder soutient en 1678 sa thèse portant sur le « mal du pays » (heimweh), en latin nostalgia, terme formé à partir du grec nostos (« retour ») et algos (« mal ») qui désigne ce « mal-être » qui s’empare des mercenaires suisses éloignés trop longtemps de chez eux et dont le seul médicament consiste à revoir leurs montagnes… La nostalgie est un sentiment cotonneux qui déclenche aussi bien les larmes que la colère. Forbach ne lui plait plus. Tel Nestor (célèbre guerrier de la mythologie grecque dont le nom provient justement de nostos), après bien des périples, Régis est devenu plus sage mais pas pour autant serein. Avec sagesse, il apprécie les récits de celles et ceux qui sont restés tout en partant, de cette femme du grand ensemble devenue enseignante là même où elle a appris le français, de cet ouvrier dont la femme musulmane porte librement le voile. Ils sont partis de leur condition d’origine pour une autre destination dans la même localité. Ils sont partis en restant. Régis est resté en partant. À dire vrai, il n’a jamais vraiment pu partir, un bout de Forbach demeure en lui, telle une intranquillité muette.

Thierry Paquot
Philosophe de l’urbain – Président d’Image de ville

Les Films



Production

DOCKS 66
www.docks66.com
ANA FILMS
www.anafilms.com


FA - Retour à Forbach

Soutien CCAS (Caisse centrale d’activités sociales de l’énergie) 

Ce film bénéficie du soutien de la CCAS, partenaire de l’ACID pour les actions en régions, le travail auprès des publics et la publication des documents d’accompagnement :




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