The Grief of Others, la sublime surprise de l’Acid à Cannes

Publié le 21 mai 2015


Remarqué avec son premier film-fleuve In The Family, l’américain Patrick Wang arrive à Cannes avec un puissant mélodrame indé sur l’avortement, et la difficulté de comprendre la douleur des autres. Bouleversant.

Attention, bombe lacrymo à l’ACID. La sélection parallèle cannoise a en effet eu la bonne idée d’inviter Patrick Wang, auteur d’In The Family, un magnifique premier film intimiste de 2h49 sur la garde homoparentale. Son deuxième essai est plus court d’une heure, adapté d’un roman et parle d’avortement. Mais l’on retrouve tout ce qu’on avait adoré chez lui, à savoir sa capacité à parler d’un sujet potentiellement plombant avec une douceur souveraine.

Pas d’hystérie chez le New-Yorkais, ni de violence physique ou de mouvements de caméra spectaculaires, mais au contraire, un goût prononcé pour le dialogue, la réflexion et le cadre. Dans ces cadres fixes rappelant parfois Ozu, aux positions souvent singulières (le visage d’une femme en gros plan dans le rétroviseur, comme suspendu au-dessus du monde matériel) se joue le drame d’une famille dont la mère, enceinte d’un enfant gravement malformé, décide de ne pas avorter - sans prévenir son mari. La souffrance générée par cette situation tient autant à celle de la perte du bébé, qu’à celle du deuil impossible, causé par l’échec du dialogue.

Maelstrom émotionnel

« Est-ce que je suis quelqu’un de bien ? » demandera la mère à sa propre génitrice dans une scène terrible. L’enjeu du film tient dans cette question pleine d’humilité, qui implique une remise en cause : chaque personnage de The Grief Of Others, pourtant armé de bonnes intentions (il n’y a pas de méchant chez Wang), est sans cesse confronté à son incapacité à comprendre parfaitement l’autre. Subtilement, Wang intègre ce « handicap » émotionnel universellement partagé dans le dispositif même du film, à l’aide d’ellipses, de boucles temporelles complexes, d’échos visuels colorés (filtre rouge et écran noir), de jeux sur le grain de l’image (pellicule 8 mm et 16mm), de filtres, et de longues et belles surimpressions.

Au cœur de ce maelstrom émotionnel, les dilemmes moraux des personnages s’incarnent ainsi littéralement à l’écran. Superposés. Le brouillage permanent entre leur psyché personnelle et la réalité objective devient nôtre. Le spectateur doit combler les trous, réunir les éléments épars : on s’identifie d’autant plus aux situations qu’on y participe. A mesure que se dénouent les fils de la crise familiale, l’émotion peut affleurer doucement, pleinement. Le regard s’est ajusté physiquement et moralement. C’est sublime.

Eric Vernay - PREMIERE
21 mai 2015
Premiere.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr