« Volta a terra », de Joao Pedro Placido

Publié le 22 mai 2015


Grosse journée aujourd’hui occupée par plusieurs projections et par quelques rendez-vous : c’est autant de temps de disponibilité en moins pour l’écriture. Comme les films de la compétition ne me poussent pas à l’enthousiasme, je reviens vers une valeur qui s’avère souvent sûre, c’est-à-dire le film du jour présenté par l’Acid : Volta a terra, un documentaire du Portugais Joao Pedro Placido. Mais la surprise de la soirée, à mes yeux, a tout de même eu lieu du côté de la compétition, et est venue de là où je ne l’attendais pas : Valley of love, de Guillaume Nicloux, avec Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. J’en parlerai demain ici même.

Qui voudrait vivre dans la campagne perdue en haut des monts du nord du Portugal ? Pas grand monde. Dans le village d’Uz, beaucoup sont déjà partis. Des panneaux avec la mention « vendus » (« vendo ») sont accrochés sur les murs des maisons. Il ne reste plus que quelques irréductibles, une poignée de familles, « 49 sur terre » (c’est le titre français de Volta a terra) avec les anciens et les jeunes, qui s’obstinent à travailler dans ce lieu où ils sont nés et à y élever des animaux. En particulier des vaches magnifiques, mais pas toujours faciles à faire avancer dans les passages pentus et parfois glissants. Au mois d’août, les habitants organisent des fêtes traditionnelles où ils manient les outils du passé. Mais, le restant de l’année, ils ne paraissent pas beaucoup plus modernisés – on y fauche encore dans certains endroits à la faux. La région est pauvre, chaque tête de bétail est un bien précieux, et on compte sur un nombre minimum de mises à bas dans l’année. Tandis que la télévision diffuse le discours d’un homme politique portugais évoquant la troïka et un « plan de sauvetage » du pays. Une réalité si lointaine, si hors-champ…

Joao Pedro Placido, dont c’est ici le premier long métrage, filme un territoire magnifique qui, avec ses murets de pierres, rappelle la Galice espagnole, mais isolé de tout. « Hors de l’histoire », comme dirait l’autre. Que signifie avoir 20 ans dans une telle contrée ? On fait ainsi plus particulièrement connaissance avec Daniel, un garçon sortant à peine de l’enfance, un peu rêveur, qui n’a pas d’autre destinée que de faire le même métier que ses aieuls : paysan. Mais le jeune homme envisage aussi d’avoir une vie sentimentale et de se marier.

Au long de ce film qui se déroule sur une année, la communauté vit au rythme des saisons – l’hiver y est la saison la plus difficile mais la plus belle à l’écran – et des rites de la vie quotidienne, notamment religieux. Volta a terra raconte aussi le début d’une idylle. Pendant les fêtes estivales, Daniel fait la connaissance d’une jeune fille. Alors, le film prend presque des allures de bluette. On assiste à un flirt, comme dans une comédie romantique. Sauf qu’il ne suffit pas à Daniel de séduire la belle. Car l’existence qu’il
promet est celle de son village. Contrairement à d’autres, il ne songe pas à le quitter, à l’abandonner. Mais une jeune fille d’aujourd’hui n’a-t-elle pas d’autres perspectives que de vivre en lieu clos ?

Partir, rester… Volta a terra témoigne du présent d’une mondialisation qui crée ses zones désertiques, ses points aveugles, où ceux qui continuent à y vivre deviennent des résistants à l’air du temps, ou des zombies (le mot est à la mode), dont les modes de vie attireront bientôt les anthropologues. Il est vrai qu’il n’y a pas loin d’une démarche à la Jean Rouch dans ce film. La preuve, outre son attention précise portée sur les habitants : sa faculté à en trouver la dimension poétique.

Christophe Kantcheff - POLITIS
22 mai 2015
Politis.fr

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