Voyage en sol majeur

Un film de Georgi Lazarevski

Programmation ACID
Cannes 2006

France - 2006 - 54 min - Couleur

Scénario : Georgi Lazarevski
Image : Georgi Lazarevski
Son : Georgi Lazarevski
Montage : Catherine Gouze et Jean Cloudsi
Musique : Mendelsshon et Dvrorak et Bach

Aimé a quatre-vingt onze ans et s’est enfin décidé à entreprendre le grand voyage au Maroc qu’il projette depuis quarante ans. Son petit-fils, réalisateur et photographe, l’accompagne. Un voyage tendre et amer, plein d’occasions gâchées et de bonheurs fugitifs. Comme la vie.


Au départ, je n’étais pas partante. Je n’avais pas envie d’accompagner le réalisateur et son grand-père au Maroc, j’avais envie de faire comme la grand-mère, rester dans un fauteuil à écouter de la musique : je me disais bien qu’il avait l’air sympathique ce grand-père mais qu’est ce qui pourrait bien surgir de ce voyage ? Et puis, finalement, très vite, j’ai compris que le film allait nous raconter autre chose. Bien sûr, on allait traverser la Méditerranée, le désert et les oasis, mais une autre histoire en même temps allait nous être contée. Et c’est à ce moment-là que le plaisir a commencé à poindre, un des plus grands plaisirs que nous offre le cinéma : quand en nous racontant une histoire toute simple, un film nous emmène aux confins de ce qui nous habite intimement, de ce qui est indicible et pourtant toujours là, en chacun de nous, propre à la condition humaine. Ce film, peu à peu, avec une écriture d’une grande liberté (il a été produit en toute indépendance sans télévision et, au départ même, sans producteur) nous invite à un voyage intérieur, à un voyage initiatique vers la fin de la vie, à une réflexion sur la vieillesse et la mort tout à fait inédite. Ce vieil homme, tout sourire et humour, léger et gracieux, nous parle à 93 ans de sa vie passée et de sa mort proche, avec lucidité et sans apitoiement. Il nous convainc de surcroît qu’à cet âge avancé tout peut encore arriver. De son côté, la grand-mère, toujours assise dans son fauteuil, mais dans une mise en scène à chaque fois inventive, nous raconte la musique comme peu sauraient le faire et nous parle de son histoire d’amour avec le grand-père. Le désaccord qu’elle évoque, parfois sans délicatesse, et qui pourrait être douloureux à entendre, devient harmonieux par le geste du cinéaste et les résonances multiples qu’il orchestre. On est bien loin du regard amer, de ces mises au point morbides et des larmoiements, on est loin d’un regard pontifiant ou béat sur la vie et la mort. Le film invente, grâce à sa mise en scène et son montage particulièrement affirmés mais sensibles, ludiques mais rigoureux, une manière tout à fait jouissive de regarder en arrière tout en allant de l’avant.

Mariana OTERO, cinéaste

Les Films


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