Vu à Cannes : « Pauline s’arrache », une chronique familiale survoltée

Publié le 16 mai 2015

CANNES 2015 – Dans ce premier film documentaire, Emilie Brisavoine suit le quotidien survolté de sa demi-sœur de 15 ans qui passe son temps à s’arracher la gueule avec ses parents, sa sœur, et son mec, entre deux fous rires.

Pauline s’arrache démarre comme un conte de fées : on nous présente les parents de Pauline tel un roi et une reine, qui auraient eu pour enfants un prince et deux princesses. Sauf que, heureusement, la musique déraille et le conte part en vrille, comme dans le Cendrillon de Téléphone : la mère de Pauline est une ancienne reine de la nuit dépressive, son père, un ancien travesti obsédé par son image, et son frère et sa sœur se sont fait la malle pour fuir leur tarée de famille. Pauline est la seule à rester avec ses parents avec qui elle se prend le bec toute la journée, à base d’insultes et de claquements de portes. « La loi oblige à toquer à la porte d’un enfant ! » beugle-t-elle à son père qui la traite de salope.

Le tableau serait bien triste s’il n’était pas coloré par le tempérament de feu de la géniale Pauline. Excessive, drôle, hyper attachante, l’ado en mal d’amour fait le show pour attirer l’attention, et il faut reconnaitre que ça marche : il faut la voir descendre et monter les escaliers à toute vitesse pour empêcher son mec qui veut partir de sortir de l’ascenseur, beugler comme un putois quand il ne veut pas répondre à son cinquantième coup de fil, ou inventer des métaphores toutes personnelles, comme après avoir démêlé un problème familial : « j’ai l’impression que mon cerveau vient de chier ». Si l’approche immersive fait parfois très télé, comme lorsque le père commente des rushs qu’il vient de voir dans une séquence émotion, la jeune réalisatrice fait des vraies propositions de montage, en jouant notamment avec les archives familiales. Dans l’une d’elles, on voit le père déguisé en Marylin, et Pauline en jeune princesse. Depuis toujours, chez Pauline, tout le monde se déguise et joue la mascarade, car tout le monde a peur de grandir, comme dans la chanson. Avec une certaine agilité, la jeune réalisatrice parvient à saisir ces moments furtifs où les masques tombent et où la vérité s’échappe.



Raphaëlle Simon - TROIS COULEURS

troiscouleurs.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr