A l’attaque ! Un conte de l’Estaque

Un film de Robert Guédiguian

France - 1999 - 90 min - Couleur - 35mm

Sortie : 4 décembre 2000

Scénario : Jean-Louis Milesi et Robert Guédiguian
Image : Bernard Cavalié
Son : Laurent Lafran
Montage : Bernard Sasia
Musique : Jacques Menichetti

Avec :
Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jacques Pieiller, Denis Podalydes, Jean-Pierre Darroussin, Frédérique Bonnal, Pierre Banderet, Jacques Boudet, Leatitia Pesenti

Deux amis scénaristes aux caractères antagonistes font le pari d'écrire aujourd'hui un film politique. Les difficultés sont grandes ; les pièges abondent. Leurs errements, querelles, réconciliations viendront sans cesse se mêler à l'histoire exemplaire du garage “{Moliterno & Cie}”. Gigi et Jean-Do réparent des voitures que Lola fait ensuite briller pendant que Marthe établit les factures. Le grand-père apprend au bébé des chansons révolutionnaires italiennes pendant que Vanessa et Mouloud vendent des fleurs et des oursins sur les marchés. Toute la famille sue sang et eau, douze heures par jour, sept jours sur sept pour survivre en ces temps de chômage. Mais mondialisation oblige... une multinationale menace ce radeau de la méduse. Nos héros vont prendre les armes et, soutenus par toute la population, triompher comme il se doit dans les contes de l'Estaque.


Qu’est ce que le cinéma ? Du langage bien sûr. Qu’est-ce qu’un film ? Des corps, des voix, des images et des sons structurés comme un langage. Et que fait Guédiguian dans son dernier film ? Rien moins que mettre à plat tout ce dont le cinéma est fait : images, sons, corps, voix... en train de devenir film. Il dévoile ainsi, sinon le cinéma en général, du moins le sien, celui qu’il a bâti toutes ces années, avec ses acteurs, scénaristes, techniciens. Avec ses outils de production adéquats à son langage et son propos. Il fait de sa méthode le sujet même de son film. Mais sans discours : non pas de manière théorique (genre déconstruction du dispositif), mais en cinéaste tout bonnement : avec des voix, des corps, des images et des sons... encore et encore. Et ça donne, au détour du récit, des moments de cinéma inoubliables, des instants de pur génie cinématographique. Amitié érotique : des phrases comme celles-là ne sont pas simplement de bons dialogues dits avec l’accent de Marseille, non. Comme les Atmosphère, atmosphère ou autres Nobody is perfect de glorieuse mémoire, elle est le produit complexe d’images et de sons, de corps et de voix ; elle est le signe fort d’un agencement précis de ces ingrédients proprement cinématographiques. Placée au sommet d’une situation où deux corps, justement (un homme et une femme), sont plongés dans une fiction imaginée par deux autres corps (un parisien et un marseillais eux même fictionnalisés), unis comme le Réel et l’Imaginaire, le Nord et le Sud, le Conscient et l’Insconscient (qui, on le sait, est lui aussi structuré comme un langage), cette amitié érotique, est le symptôme le plus évident de la grande forme du cinéma de Robert Guédiguian. Mais elle n’est pas toute seule. Car ce grand déballage des outils de la Maison Guédiguian réussit l’exploit de garder son secret. La preuve, on rit d’un bout à l’autre du film, on rit beaucoup, on rit aux éclats. Et ça, ça ne s’explique pas : c’est le domaine secret de l’Inconscient, du langage, du 7ème Art... de Robert Guédiguian.

Serge LE PÉRON, cinéaste

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