A la place du coeur

Un film de Robert Guédiguian

France - 1998 - 1h53 min - - 35mm

Sortie : 9 décembre 1998

Scénario : Jean-Louis Milesi et Robert Guédiguian
Image : Bernard Cavalié
Son : Laurent Lafran
Montage : Bernard Sasia


Avec :
Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Véronique Balme, Alexandre Ogou, Jacques Boudet, Patrick Bonnel, Jean-Jérôme Esposito, Aurore Mensah

Même s'ils sont jeunes, Clémentine et Bébé ont bien l'intention de se marier. Seulement Bébé est accusée d'avoir violé une jeune femme. Bébé, enfant adopté, noir de peau, a eu le malheur de croiser le regard bleu d'acier d'un policier raciste. C'est sur ses accusations qu'il est jeté en prison. Clémentine, comme tous les jours, lui rend visite en prison. Cette fois-ci, contrairement a son habitude, elle ne l'appelle pas Bébé, mais François. C'est qu'elle a quelque de grave a lui annoncer : elle est enceinte.


La fidélité

A la place du coeur établit un petit déplacement par rapport aux deux derniers films de Robert : le décor, (on quitte l’Estaque pour la Joliette). Ce déplacement n’est pas sans effet. A l’Estaque, le quartier représente la tradition des villages qui composent Marseille ; La Joliette est liée au port, aujourd’hui traversé par une autoroute, vidé de sa richesse et de sa fonctionnalité. Dans un monde qui nie la culture populaire, nous nous sommes plus, là, dan un lieu qui la protège. Nous sommes dans un non-quartier qui représente ce qui la détruit, (cette culture) : la disparition des activités ouvrières dans les villes, l’urbanisation autoroutière et spéculative. Ce quartier n’existe plus que dans une conscience de la part des personnages du film.Ce glissement rend encore plus lisible ce que nous dit Robert, film par film, (celui-ci est le neuvième). La fidélité à l’enfance, fidélité désespérée, car elle désire retrouver quelque chose qui n’existe plus : la culture ouvrière. Ou plus exactement, qui n’existe que d’une manière intime, et non plus sociale. Qui ne peut être incarnée par les personnages qui se heurtent au réel. Personnages qui ne sont pas dans le passé mais dans une mélancolie, c’est à dire dans une conscience aiguë de la perte du temps. Et c’est la grande justesse du cinéma de Robert Guédiguian, de ne pas nous faire croire à une culture opprimé, disponible, mais nous montrer des personnages qui, par fidélité, résistent au monde tel qu’il est. Dans A la place du coeur c’est la destruction - par une injustice - de l’amour de deux jeunes adolescents qui va permettre aux parents d’essayer de recréer, comme valeur sociale, cette culture ouvrière. Désir impossible tant le monde la nie. Cette négation représente sans doute le mieux ce qui hante l’Europe. Ce n’est plus le communisme mais la guerre ethnique. Le désespoir de cette situation est incarné dans la magnifique scène à Sarajevo qui confronte la mère de Clim au frère de l’accusatrice de Bébé. Avec A la place du coeur, Robert Guédiguian systématise cette double réalité qui représente la perte d’une culture et sa pérennité intime. Il alterne le conte (où la réalité intime devient le monde) et le film le plus noir (où la perte de la culture se confronte au monde).

Jean-Henri ROGER, cinéaste

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