ACID 2014 : Je m’en sortirai

Publié le 4 juin 2014

« Parce que je suis noir » n’arrête pas de s’excuser David. Noir, ça veut dire Rom, au fin fond de la Bohême, dans le nord de la Tchéquie. Dans ces banlieues et ces paysages délabrés où lui et sa femme Zaneta tentent de se construire une vie.

Pire qu’à l’époque communiste

Le post-communisme est passé par là, et on ne peut pas dire, une fois le capitalisme installé et la crise arrivée, que le sort de leur communauté s’arrange. Loin de là.

Zaneta et David sont Roms, sédentarisés comme leurs parents et quelques générations avant eux. Ils ont une petite fille, habitent dans une HLM confortable et coquette, avec leur fille Sarah de deux ans et Kukucha, la petite sœur de Zaneta. Mais, David a perdu son travail et Zaneta n’a pu décrocher que quelques heures de ménage.

Racisme ordinaire

De galère aux services sociaux, qui s’adressent à eux avec une suspicion à peine dissimulée, à la discrimination ordinaire qui les condamne à rester aux marges de la société, dans une pauvreté, une précarité qui ne leur laisse espérer que des trafics, des plans D, de la prostitution…, pour ne pas parler de racisme et de violences, difficile de se faire une place dans cette société qui ne veut pas d’eux.

Contrairement à David, qui peine à garder la tête hors de l’eau, Zaneta a décide de ne pas baisser les bars. Elle veut mener une vie normale, elle y croit, se bat… en reprenant parfois un peu de force au sein de sa communauté, de sa famille élargie où elle n’est pas toujours la bienvenue non plus.

Une vie normale

Rarement, un film aura plongé autant au cœur de la communauté la plus paria aujourd’hui, en Europe. Petr Vaclav s’y immerge avec un plaisir non dissimulé, mais sans chercher à dresser un catalogue des étapes les plus dures de leur vie. Non, il suit ce couple au quotidien dans leurs moments joyeux comme dans les plus difficiles, parvient à rendre à Zaneta, du haut de ses bottes à talons, et à David, maladroit et moins courageux, moins déterminé qu’elle, très attachants dans leur galère de fric, de reconnaissance sociale, de tentatives de se retrouver ou de faire avoir leurs bons droits.

Une plongée quasi-documentaire dans cette communauté maintenue à la marge de la société, des villes, des banlieues même dans des bâtiments qui tiennent à peine de bout mais que Zaneta s’applique à rendre propres et à décorer soigneusement.

Véronique Le Bris, Cine-woman.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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