ACID 2014 - Le Challat de Tunis

Publié le 6 juin 2014

En 2003, à Tunis, un homme à moto, le Challat (le balafreur) avait pris l’habitude de lacérer les fesses de femmes croisées dans la rue. Onze d’entre elles en auraient été victimes.



Coupable ?

Après plusieurs plaintes, un certain Jalil, a été arrêté et condamné à dix ans de prison. Kaouther Ben Hania tente de le cueillir à sa sortie de prison et commence à mener l’enquête pour comprendre son geste. Mais, Jalil est-il le coupable ?

En dix ans, la société tunisienne a changé : Ben Ali a dégagé mais les mœurs, elles, ne semblent pas avoir évolué d’un iota. Et, d’après cette fiction filmée comme un documentaire, ce n’est pas facile d’être une femme aujourd’hui en Tunisie, et cela quel que soit son âge ou son statut social.

Docu-fiction ?

En menant cette longue enquête sur un phénomène dont on ne sait pas s’il a existé ou s’il relève de la légende urbaine, la tenace et perspicace Kaouther Ben Hania aborde de front mais avec une malice audacieuse la manière ont les hommes tunisiens considèrent les femmes, sous la bénédiction hâtive des religieux, et la misère sexuelle et affective qui les rend si violents et si irrespectueux.

Dans le film, on ne parle même pas de sexisme, mais plus simplement d’irrespect, de pulsions, de virginité nécessaire, de soumission, d’amour exclusif à la mère, de chômage aussi et de misère, financière ou sexuelle.

Misère sexuelle

Chez les jeunes hommes comme chez les moins jeunes, la femme est encore considérée au mieux comme une propriété qui a l’obligation d’être pudique à vie, voilée c’est encore mieux, et vierge jusqu’au mariage. Et plus, ils se sont heurtés au refus ou au mépris féminin, plus ils deviennent radicaux, intolérants, violents, frustrés.

Dans sa longue quête qui ne recule devant rien – la réalisatrice tente de filmer en prison, de se procurer le dossier du procès de Challat …-, elle dresse un état des lieux de la complexité de la relation homme/femme dans un pays corseté par la tradition, le mensonge, la ségrégation sexuelle… Rien de bien nouveau, direz-vous.

C’est vrai, même s’ils semble quand même que certaines frontières morales peuvent être aisément franchies (la création du jeu vidéo du Challat est à cet égard confondant !, tout comme celle du virginomètre). Surtout, le choix de filmer l’ensemble comme une enquête journalistique, avec maints témoignages, le jeu constant entre vérités et mensonges, donnent à ce premier film dénonciateur une densité et une tenue vraiment intéressantes. Une très belle découverte, intelligente, drôle et très originale. Inclassable !

Véronique Le Bris, Cine-woman.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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