ACID 2014 : Spartacus & Cassandra

Publié le 16 juin 2014

Leur nom claque, évoquant la Grèce Antique, le berceau de notre civilisation. Spartacus et Cassandra ! De la civilisation, il y en aura peu ici, du moins au départ. Spartacus et Cassandra sont deux enfants rroms de Roumanie, arrivés en France depuis 5 ou 6 ans (on écrit Rrom avec deux « R » dans leur langue, que parle aussi le réalisateur).

Un bout d’enfance

Leur camp a brûlé, leur famille a fui. Camille, une jeune trapéziste, les recueille dans son cirque à Saint-Denis. Et c’est à partir delà que l’on fait connaissance avec eux. Deux enfants de 13 et 10 ans à qui Camille tente de faire vivre une vie normale : dormir chaque soir dans un lit, même au fond d’une caravane, aller à l’école et non mendier ou traîner dans la rue.

Camille essaie de leur redonner un morceau d’enfance, eux qui ont grandi dans la précarité et dans l’errance avec la lourde responsabilité de gérer leurs parents. Leur mère est un peu planante, un peu perdue, sans doute un peu malade, soumise au diktat de son mari. Impossible de compter sur elle donc.

La faute du père

Le père, lui, est carrément toxique : alcoolique et violent, il ne comprend pas que ses enfants perdent leur temps à l’école et surtout qu’ils vivent mieux que lui. Il attend d’eux qu’ils le prennent en charge et qu’ils suivent une certaine tradition.

Mais, les enfants et Camille en décident autrement, et la justice française, particulièrement conciliante et efficace ici, aussi. Les deux enfants éviteront et la rue avec leurs parents, et le placement dans une famille d’accueil, pour rester vivre auprès de Camille, non plus dans son cirque, mais dans une maison à la campagne.

Plongée au sein d’une famille rrom

Voilà une étonnante plongée au sein d’une famille rrom. Si la réalisation est parfois un peu maladroite – le début en diaporama est haché, la mise en scène aurait mérité un peu plus de plans larges, pour donner de la distance et plus de souffle à cette histoire très étouffante, aberrante –, de superbes moments apparaissent très vite : le résumé très simple et assez poétique que Spartacus fait de sa vie courte vie, la cueillette du muguet, l’anniversaire de Cassandra...

Spartacus et Cassandra ont du mérite et s’ils parviennent à s’extraire de leur condition de pauvre et de paria de la société, ce sera un miracle. Un miracle baptisé Camille, leur bonne fée qui va comprendre très tôt – elle n’a que 21 ans – que c’est en les isolant de leurs parents irresponsables mais sans les empêcher ni de leur parler, ni de les voir, que les deux adolescents finiront par avoir une vie meilleure.

Une belle leçon de vie, de solidarité et surtout de justesse de vue qui méritait effectivement d’être filmée. Un documentaire salvateur qui traite avec réalisme des difficultés de cette communauté, sans s’encombrer des clichés habituels et surtout sans miser sur un folklore de pacotille éculé, mais en favorisant un regard libre.

Véronique Le Bris, Cine-woman.fr

Revues de presse

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Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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