Au carrefour du monde, de la vie et du cinéma

Publié le 22 mai 2014

Samuel empêche Anouk de se noyer et c’est le début de leur histoire d’amour commence. Mais au fil du temps, l’équilibre de leur vie de couple est en péril, Samuel se montrant de plus en plus distant d’Anouk, laissant celle-ci dans le désespoir.

La Fille et le fleuve est de ces rares films qui offrent un espoir comblé de constater que le cinéma est de nos jours bien vivant, capable de respirer d’un souffle renouvelé. Aurélia Georges est une auteure à part entière, capable de créer des univers hors du commun sans effets spéciaux, seulement avec des choix précis d’images, de mise en scène et de musique. Elle exploite au mieux tous les moyens qu’elle a avec modestie réunis pour donner naissance à son long métrage. Tout commence avec un scénario d’une très grande richesse d’inventions, où il est question d’amour, de relation de couple, de thérapie de couple, de vie après la mort, entre autres choses. Le fil conducteur du film repose sur le parcours de ces deux personnages principaux qui à un moment donné sont séparés par des mondes différents : celui des vivants et celui des morts. À cet égard, le « monde des morts » est une proposition tout à fait crédible, par ce qui s’y passe, les décors épurés et la lumière. Tout coule de source dans cette histoire, relevant le beau défi de faire adhérer le spectateur à des situations que l’on pourrait qualifier de fantastiques. Chaque scène est savamment pensée, le film étant réduit à l’essentiel pour que l’histoire fonctionne. Ainsi, la durée sort du standard classique de 1h30 ou plus : les 65 minutes de ce film contiennent rien que l’indispensable du récit. C’est l’histoire qui a trouvé sa durée et non l’inverse. Il en va d’ailleurs ainsi des choix esthétiques de la cinéaste : la forme épouse avec merveille les mouvements du récit.

Le sujet n’est pas en reste, avec cette idée selon laquelle pour réussir à s’intégrer dans l’univers social, il faut parfois être en mesure de renaître à nouveau, laissant des traumatismes, des histoires passées se cicatriser d’elles-mêmes afin de s’offrir une vie plus légère et surtout plus en mesure de s’ouvrir au monde dans sa globalité. Cela paraît assez métaphysique, et pourtant la sensibilité de la cinéaste est à l’écran plutôt viscérale, au sens où l’on ressent d’abord les émotions des personnages avant d’envisager leurs problématiques. Comme ses personnages, le film est au carrefour de différents autres films, captant l’énergie de ci, de là pour un résultat inédit. Par là aussi le cinéma d’Aurélia Georges touche au poème à la structure linéaire, où chaque élément est porteur de sens pour le plus grand plaisir du spectateur.

Cédric Lépine, Médiapart

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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