Blissfully yours

Un film de Apichatpong Weerasethakul

Thaïlande - 2001 - 125 min - Couleur - 35mm

Sortie : 9 octobre 2002

Sélections et prix :
Un certain regard - Cannes 2002
Scénario : Apichatpong Weerasethakul
Image : Sayombhu Mukdeeprom et Santipong Waiwong
Son : Teeekadet Vucharadhanin et Lee Chatametikool
Montage : Lee Chatametikool


Avec :
Kanokporn Tongaram, Min Oo, Jenjira Jansuda, Sa-Gnad Chaiyapan, Kanitpat Premkij

Roong attend impatiemment le jour où elle pourra se retrouver dans les bras de son amant birman, Min, un immigré clandestin. Elle paye Orn, une vieille femme, pour prendre soin de Min, pendant qu'elle cherche un endroit où ils pourront vivre leur bonheur. Un après-midi, Min emmène Roong pique-niquer dans la jungle, où ils se sentent libres d'exprimer leur amour. Orn, de son côté, est également allée dans la jungle avec Tommy, l'homme qui travail avec son mari. Une overdose de bonheur risque-t-elle d'entraîner des effets secondaires ?


Ceux qui, comme moi, observent avec curiosité ce « tiers-état » du cinéma qui s’invente doucement aux confins de l’art contemporain, du documentaire et de la fiction, connaissent depuis déjà quelques années la silhouette gracile d’Apitchapong. Son premier film, sorti dans la confidentialité la plus insensée, marquait l’irruption dans ce paysage improbable d’un délicat météore Thaï. Mysterious Object at Noon, mosaïque de récits emboîtés au noir et blanc tranchant laissait présager le meilleur. Et le meilleur est là maintenant : Blissfully Yours.
C’est en Thaïlande, à la saison chaude. On fait la queue chez le médecin en quête d’ordonnance de complaisance, de certificats bidons, On traîne dans les bureaux, on draguouille dans les salles d’attente, on blague avec les vigiles birmans. On, c’est plusieurs personnes car il nous faudra vite renoncer à l’idée épuisante d’un personnage principal, d’une hiérarchie narrative. Aucune importance finalement puisque le but reste de prendre son après-midi, d’ouvrir une brèche dans le temps du travail, de la vie normale, une échappée belle. En voiture, en scooter, à pied, chacun de son côté (la mère, l’amant, la fille, le petit ami) arrivera tant bien que mal à trouver le temps. Il fait si chaud. Sans cataclysme ni tempête, mais après cette ouverture alanguie (à peine climatisée par un générique retardataire), nous retrouvons les corps dispersés dans la nature turgescente comme dans une comédie de Shakespeare, guidés en tout par la seule et inéluctable circulation du désir. Alors s’ébauche un mystère moite, au creux de la forêt bruissant, suave ; un film de plein air dont les aléas de pique-nique figurent l’énigme agacée du beau. Des couples se forment et se défont, se pénètrent sans obscénité aucune, dans un envoûtement d’éventails, un travail de fourmis et dans la fixité végétale d’un déjeuner sur l’herbe postindustriel. Le film devient ainsi jeu de fausses pistes plastiques : la fragile captation de ce rituel d’initiation solaire, érectile et lent, à l’étrangeté cinématographique absolue, griffé de dessins aphrodisiaques, d’indications furtives. Au bord d’une rivière, le cérémonial de réconciliation tourne au baptême païen : le garçon à la peau irritée, en lambeaux de soleil, va connaître la révélation palpitante du désir puis muer comme un serpent aux mains des femmes, pour enfin devenir autre homme, aveuglément… Et vous, spectateurs, en serez peut-être à votre tour, légèrement transformés, déplacés, médusés, un peu ivres, comme il vous plaira.

Vincent DIEUTRE, cinéaste

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