Brooklyn : du 9-3 à Cannes en passant par la Lorraine

Publié le 4 juin 2014

Si le cinéaste n’était pas passé par la Lorraine, son premier long-métrage Brooklyn n’aurait peut-être pas déjà été présenté en parallèle de la quinzaine du festival international du film de Cannes.



Entre la quiétude quirinoise et le rythme enlevé de Brooklyn, il y a un monde de contraste... Et pourtant le cinéaste Pascal Tessaud a eu besoin de la première pour se faire une meilleure idée de l’autre. Entre son passage en résidence au Prieuré de Saint-Quirin en septembre 2012 et ce mois de mai 2014, l’auteur est effectivement passé de l’écriture à l’image. Samedi dernier, au beau milieu de la quinzaine du cinéma cannoise, le film écrit en Moselle était diffusé à Cannes, en parallèle du festival international du film de Cannes.

Une déclaration d’amour à la banlieue, en particulier celle de Saint-Denis où il a grandi et ses éducateurs, acteurs de l’ombre dont il a fait partie et dont il tenait à mettre le travail sur le devant de la scène. Voilà ce qu’a achevé d’écrire Pascal Tessaud lors de la résidence d’auteurs proposée par l’association De l’écriture à l’image.

A quelques pas de la Croisette, l’entrée du cinéma les Arcades où Brooklyn, film sélectionné par l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID), a été projeté à guichet fermé, n’a peut-être pas, aux yeux du grand public, le même éclat que le Palais des Festivals. Mais parmi les professionnels, il fait chaque année la preuve de son prestige...

Une journée de régie

Indice du succès rencontré par Brooklyn, la messagerie vocale de l’auteur est par moments saturée tellement les sollicitations sont nombreuses depuis la projection. « L’équipe du film est toujours à Cannes, on n’arrête pas de rencontrer du monde ». Du beau monde parmi lequel Pascal Tessaud cherche un distributeur pour le film autoproduit tourné sans autorisation, en deux semaines, soit à peine plus de temps qu’il ne lui en aura fallu pour l’écrire et avec pour moyens financiers « l ’équivalent d’une journée de régie sur un long-métrage pro », soit un petit budget.

Ses séjour à Quirin ne sont pas le seul lien du cinéaste avec la Lorraine. S’il n’avait pas « appris » à filmer le réel à l’Institut Européen du Cinéma et de l’Audiovisuel de Nancy, dont il est sorti diplômé de master en 1999, il n’aurait pas eu l’opportunité de devenir programmateur associé du festival Aye Aye, d’y entretenir des relations professionnelles jusqu’à la création de la résidence d’écriture dont il a inauguré les bancs, en 2012.

« J’avais candidaté avec un autre scénario à Saint-Quirin, une fois sur place je me suis trouvé complètement bloqué dans l’écriture », révèle Pascal Tessaud. « Emine [Seker] et Etienne [Jaxel-Truer] ont accepté que je reprenne le projet Brooklyn. Avec eux, j’ai travaillé tout le traitement du film. » Ils n’ont pas eu l’opportunité d’assister à la projection cannoise pour cause de résidence en cours justement, mais ils ne cachent pas leur fierté d’avoir été parmi les découvreurs de ce talent.

« Une déclaration d’amour à la banlieue »

Brooklyn, nom de scène de l’héroïne Coralie, ce n’est pas exactement l’histoire de la chanteuse qui l’incarne, mais par leur obstination à réaliser leur rêve, les deux se ressemblent. Coralie s’évade de sa Suisse natale et débarque à Paris pour tenter sa chance dans le rap. En attendant, elle trouve une place de cuisinière dans une association musicale à Saint-Denis. Elle y rencontre Issa, l’étoile montante de la ville... Voilà pour le synopsis.

Parti de Saint-Quirin fin 2012, Pascal, âgé de 38 ans, s’en est retourné à Saint-Denis filmer le monde du hip-hop de l’intérieur, à l’arrache. « Tous les dialogues ont été improvisés au moment du tournage », indique l’auteur au sujet de son film réalisé même pas caméra à l’épaule mais appareil photo Canon 5D à la main.

L’art de l’impro, à 22 ans, KT Gorique, qui incarne Brooklyn, a prouvé son talent pour, lorsqu’en 2012, elle a été sacrée championne du monde de freestyle rap à New-York. On retrouve à lui donner la réplique, Reda Kateb alias Jordi le gitan dans Un Prophète, film de Jacques Audiard lauréat du Grand prix du Jury en compétition officielle en 2009. Bon signe du destin ?

L’ACID, une sélection d’un bon goût, tout sauf doucereux

En 2013, la sélection de l’Acid avait révélé les talents de Justine Triet pour son film La Bataille de Solferino, et de Sébastien Betbeder pour 2 automnes 3 hivers. Cette année, elle ne manque pas non plus de faire parler d’elle et par ricochet de Pascal Tessaud. Adèle Exarchopoulos, l’actrice révélée par Abdellatif Kechiche dans La Vie d’Adèle, descend des marches tapissées de rouge pour rejoindre l’ombre des Arcades.

L’Acid a sa propre programmation au Festival International du Film de Cannes depuis 1993. Elle y montre 9 longs-métrages, documentaires et fictions, choisis par une quinzaine de cinéastes de l’ACID parmi plusieurs centaines de films en provenance du monde entier. Le choix des cinéastes repose sur le coup de cœur et la volonté de donner de la visibilité à des auteurs émergents, pas ou peu diffusés pour faciliter la sortie de leur film en salles.

La programmation cannoise de l’ACID est un rendez-vous attendu pour les distributeurs, exploitants et programmateurs internationaux. Elle permet de leur montrer les films et de s’appuyer sur les retours des programmateurs pour pour préparer les sorties. Les projections, en présence des cinéastes de l’Acid et des équipes des films, sont ouvertes au grand public.

Les films programmés à Cannes et leurs cinéastes sont ensuite accompagnés par l’association dans les différentes étapes menant à la diffusion en salles (recherche d’un distributeur, promotion, programmation, travail sur les publics, etc.).

La liste des auteurs révélés dans le cadre de cette sélection s’allonge d’année en année. Y figurent : Arnaud et Jean-Marie Larrieu, Yolande Moreau, Gilles Porte, Serge Bozon, Vincent Dieutre, Lucas Belvaux, Claire Simon, Alain Gomis, Djinn Carrénard, David Dusa, Justine Triet, Sébastien Betbeder et, l’avenir le confirmera, Pascal Tessaud.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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