Cannes 2011 - Coups de vieux

Publié le 31 mai 2011

Par Clémentine Gallot, Juliette Reitzer et Auréliano Tonet, 3 Couleurs

Un pape terrassé par son élection (Habemus Papam), un retraité bougon transformé par la paralysie de sa femme (Volcano), un vieux cabot déclassé par l’arrivée du cinéma parlant (The Artist), un chercheur bouleversé par la remise d’un prix (Footnote), un couple d’octogénaires frappés par la sénilité (Les Vieux Chats) : cette année, le Festival achève bien les séniors.

Vieux volcan. C’est, à ce jour, le meilleur film, avec La Fée, que l’on ait vu à la Quinzaine des réalisateurs : Volcano de l’Islandais Runar Runarsson conte l’histoire d’un homme de 67 ans, égoïste, aigri, âpre et renfermé, que deux évènements vont subitement métamorphoser : le début de sa retraite et la crise cardiaque de sa femme, qui la laisse paralysée. Le héros fait alors l’apprentissage de la douceur et de l’altruisme : ses éruptions de bile se changent en coulées de soins, de caresses, de nostalgie et de larmes. Sobre et minimale, la mise en scène accompagne avec discrétion le réveil à la vie de ce volcan devenu vieux, dont le cœur bat lentement, et superbement, la chamade.

Vieux schnock. Footnote de l’Israélien Joseph Cedar, en compétition, bascule après une méprise : un vénérable chercheur est désorienté par la remise d’un prix qui devait revenir à son fils. Imprégné de liturgie talmudique, cette fable académique (dans tous les sens du terme) pâtit de la comparaison avec A Serious Man des frères Coen.

Vieux matous. La vie s’écoule tranquillement pour un couple d’octogénaires et leurs deux vieux chats, dans un appartement cossu de Santiago du Chili. Mais ce matin, Isadora se réveille avec un drôle d’air – un cauchemar sans doute. Non, décidément, tout va de travers : elle a oublié d’acheter des croquettes (elle oublie de plus en plus de choses), et l’ascenseur est tombé en panne, la condamnant à une retraite forcée. Cerise sur le gâteau, son impossible fille a décidé de s’inviter pour le goûter, sans doute dans l’espoir de lui soutirer de l’argent pour un énième projet farfelu... Présenté à l’Acid, Les Vieux Chats de Pedro Peirano et Sebastian Silva (réalisateur du brillant La Nana, grand prix Sundance 2010) parvient à nous captiver en saisissant avec une grande justesse les réalités quotidiennes de la vieillesse (l’isolement, la mélancolie, le corps qui fatigue) et les signes progressifs d’une raison qui s’échappe : Isadora oublie de fermer un robinet, son regard se fait absent... Jusqu’à parvenir à instaurer une insoutenable tension dramatique lorsque la vieille femme amorce une périlleuse descente des escaliers de l’immeuble, pour rattraper sa fille après une énième dispute. Car le glissement de la conscience s’accompagne ici d’une rare lucidité pour Isadora, qui trouvera enfin le courage et l’intelligence d’apaiser la relation heurtée qu’elle entretient avec sa fille : il n’est jamais trop tard pour devenir meilleur.

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Éditions précédentes

Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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