Cannes 2012 : Noor et le tuning au Pakistan et La Tête la première

Publié le 4 avril 2013

Les limousines de Robert et de Denis ne sont pas les seuls véhicules remarqué à Cannes cette année. Dans la sélection de l’ACID, on découvre celui que vole Noor dans le film du même titre réalisé par Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti. Dans ce conte de voyages, on suit un khusra ( un eunuque castré, malgré lui ), qui cherche à retrouver une vie aussi normale que possible après avoir rejeté le monde clos où il était cloîtré.

Agressé un soir par un camionneur, il l’assomme violemment et s’approprie alors son véhicule pour fuir. Et là, surprise, l’intérieur du camion est bigarré, et vraiment très rose, avec pompons et décorations outrageuses pour l’oeil. Les champions du tuning à la française sont battus par ceux du Pakistan, et apparemment, il ne s’agit pas d’un cas isolé. Plus de 30 000 engins de ce type circulent dans ce pays et sont si uniques qu’ils sont comme une carte d’identité infalsifiable. Beaucoup de préjugés existent sur ce pays mais découvrir ce fait est assez surprenant. Mais le sujet n’est pas là - un peu quand même - il s’agit surtout de la lutte d’un homme brisé pour refaire sa vie, loin des préjugés de la communauté où on l’avait confiné.

Une histoire basée sur la vraie vie de Noor, qui interprète son propre rôle retravaillé par les réalisateurs européens. Un voyage iniatique, mystique qui ne s’appesantit pas lourdement sur l’analyse d’une réalité sociale. L’homophobie ou le racisme ne sont pourtant pas absents du parcours de Noor, même si lui ne s’imagine que dans une relation de couple hétérosexuelle.

Ses longs cheveux soyeux et son côté efféminé font naître des incompréhensions mais cela ne vient pas de lui, mais plutôt du regard d’une société prompte à juger. Si le film souffre parfois d’un vrai manque d’explicitations, le charme prend pourtant grâce à ce héros tragique mais si aimable et perdu, jusqu’à une jolie fin le long d’un lac.

Regard sur d’autres films proposés par l’ACID durant cette quinzaine :

La Tête la première d’Amélie van Elmbt (Belgique) : cela commence par un duel entre deux autostoppeurs pour attirer l’attention de conducteurs qui pourraient les rapprocher de leurs destinations respectives. Adrien doit retrouver des amis à Bruxelles mais choisit de faire un long détour lorsqu’il rencontre ainsi Zoé dont les motivations sont plus mystérieuses. Dans cette errance charmante, Alice de Lencquesaing (Zoé) capte la caméra sans en avoir l’air, une qualité qui ne se dément pas depuis ce plan final inoubliable de L’Heure d’été d’Olivier Assayas. Elle forme un joli duo avec son partenaire David Murgia, moteur de l’action même s’il se laisse mener par le bout du nez.

Un road-movie attachant autour de l’inconstance des sentiments et de la naissance de l’amour. Le couple traverse comme il peut la Belgique, se séparant et se retrouvant au gré du hasard et des disputes. Un film tourné en toute indépendance, cela se voit parfois, mais jamais au détriment d’une vraie qualité artistique. La réalisatrice a filmé le making-of du Mariage à trois de Jacques Doillon et convoque ce dernier comme comédien, pour un rôle d’écrivain vieillissant mais certainement pas retiré des affaires du coeur.

En découvrant l’écriture de la jeune cinéaste ( il s’agit de son premier long ), ce choix est judicieux, car elle s’inscrit dans un cinéma proche de cet auteur, dans les échanges verbaux sur l’amour et la façon de les détourner. Rare devant les caméras, en un peu plus de vingt ans on ne l’a vu que dans la trilogie Un couple épatant/Cavale/ Après la vie et son propre film La Fille de quinze ans, Doillon est amusant et un peu trouble en ermite littéraire, avec un côté pince-sans-rire surprenant, qui affirme qu’’ un livre, ça se pique ’.

Pascal Le Duff - CINÉ RÉGION

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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