Cannes 2014 : « Qui vive » de Marianne Tardieu

Publié le 17 mai 2014

À Cannes, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) tient la forme. Notamment depuis l’an dernier, le retentissement de La Bataille de Solferino, de Justine Triet, et le succès inattendu d’Au bord du monde, de Claus Drexel, sa programmation sur la Croisette est désormais regardée de près par les médias et suivie par un public de plus en plus nombreux. À la séance de 20 heures, au cinéma des Arcades, ce sont maintenant deux salles qui sont ouvertes, totalisant 450 places. Mais malgré cette capacité élargie à recevoir le public, l’ACID, la mort dans l’âme, se voit encore dans l’obligation de refuser du monde.

Cela a été encore le cas hier soir, avec Qui vive, le premier long métrage de Marianne Tardieu qui peut se targuer d’avoir à son casting Adèle Exarchopoulos. Encore tout auréolée de la palme d’or de l’an passé pour La Vie d’Adèle, la jeune actrice est présente ici cette année grâce à l’ACID. On la retrouve dans un rôle d’institutrice prénommée Jenny, qui confectionne pour ses élèves comme pour elle-même de petits films d’animation. Mais elle est aussi, et surtout, l’amoureuse de Chérif, un jeune plus tout jeune, à l’orée de la trentaine, candidat pour la quatrième fois à l’examen d’infirmier et qui, en attendant, est obligé d’habiter chez ses parents, dans une cité en banlieue, et de travailler comme vigile dans un centre commercial.

Marianne Tardieu a eu l’excellente idée de confier le rôle à Reda Kateb, acteur déjà très remarqué chez Jacques Audiard ou Kathryn Bigelow. À Cannes, cette année, il est aussi à l’affiche du film de clôture de la Semaine de la Critique, Hippocrate, de Thomas Lilti, et du premier long métrage de Ryan Gosling, Lost River.

Reda Kateb tient le film de bout en bout, offrant à son personnage son visage doux qui peut vite se refermer, ses regards charmeurs ou désemparés. Il compose un Chérif qui tarde à trouver sa place d’adulte dans un monde qui ne l’attend pas. Il se donne du mal pour travailler son examen, mais il n’a pas forcément le bagage scolaire suffisant. Il accomplit le job de vigile au mieux, même s’il n’a pas la vocation répressive.

Un autre atout du film réside dans l’impression de justesse qu’il donne dans la description de la vie de la cité, où les copains de Chérif, interprétés notamment par Rashid Debbouze et Moussa Mansaly, semblent restés là depuis l’enfance (quand on est né dans une cité, il est difficile d’en sortir). La caméra ne cadre jamais ce qui serait pittoresque, c’est l’action qui guide la caméra, et pourtant celle-ci semble en immersion dans le lieu. L’urbanisme des cités est manifestement une langue cinématographique familière à Marianne Tardieu.

La manière dont la cinéaste envisage les clivages à l’intérieur d’une même classe sociale, la classe populaire, et plus particulièrement les précaires s’avère aussi d’une grande pertinence. Son récit se développe ainsi à partir d’une confrontation entre Chérif et des jeunes garçons qui traînent près du centre commercial et ne cessent de lui chercher des noises, de le provoquer. Chérif se retrouve ainsi pris dans des contradictions et un conflit gros de violences. La résolution finale témoigne, de la part de Marianne Tardieu, d’un regard sur la situation et sur ses personnages tout en subtilité et en intelligence.

Christophe Kantcheff, Politis

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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