Cannes 2014 : Spartacus & Cassandra de Ioanis Nuguet

Publié le 19 mai 2014

L’un des films les plus singuliers programmés à l’Acid a été présenté aujourd’hui. L’un des plus marquants aussi. Il s’agit de Spartacus et Cassandra, un documentaire de Ioanis Nuguet. Spartacus et Cassandra sont deux enfants rroms de 13 et 10 ans, arrivés en France quand ils étaient petits, avec leurs parents. Ils ont été recueillis par une jeune femme, Camille, trapéziste dans un cirque, parce que leurs parents, qui mendient dans la rue, ne sont pas en mesure de s’en occuper, même si enfants et parents ne sont jamais loin les uns des autres.

Spartacus et Cassandra est un extraordinaire portrait de ces deux enfants, un film sur eux mais surtout avec eux, un film à leur rythme, à leur souffle, et avec leurs voix en off, qui font le récit de ce qu’ils ont vécu jusqu’ici.

On n’avait peut-être jamais mis aussi bien en lumière ce qui est demandé à ces enfants : d’être tout simplement héroïques. Constamment, ils sont pris dans des contradictions douloureuses, parfois déchirantes, dont les résolutions reposent (presque) entièrement sur eux. Par exemple : ils vivent dans une absence de confort et ne sont pas habitués à l’étude, mais ils doivent avoir de bons résultats à l’école. Plus difficile : leur père veut les emmener en Espagne, les arracher à l’école et à la possibilité d’une vie meilleure, mais le juge leur demande de ne pas prendre en compte l’avis de leurs parents pour arrêter leur décision. Ils se retrouvent dès lors écartelés entre leur amour pour leurs parents et une voie d’avenir, prisonniers d’un choix qui de toute façon leur foudroie le cœur.

Il est peu de dire que Spartacus et Cassandra bouscule les préjugés. Sur ces parents rroms, sans doute irresponsables mais si aimants ; sur ces enfants sommés d’être des adultes avant l’heure. On est également sidéré par la maturité hors du commun de la jeune femme qui les a pris en charge, Camille, dont on apprend qu’elle n’a que 21 ans !

Spartacus et Cassandra ne sème pas le désespoir, bien au contraire. Sans doute parce que Ioanis Nuguet a trouvé la forme qui convenait à son film, où domine une liberté de ton empreinte de tendresse et non dénuée de fantaisie. Une forme qui sauvegarde l’âme enfantine de Spartacus et Cassandra, pourtant privés de leur enfance.

Christophe Kantcheff, Politis

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