Cantique des cantiques

Un film de Josh Appignanesi

Programmation ACID
Cannes 2006

Royaume-Uni - 2005 - 80 min - Noir et blanc - 35mm

Sortie : 30 juillet 2008

Scénario : Josh Appignanesi et Jay Basu
Image : Nanu Segal
Son : Daniel Rosen
Montage : Nicolas Chaudeurge
Musique : John Roome

Avec :
Natalie Press, Joel Chalfen, Julia Swift

Ruth, profondément religieuse, et célibataire (Nathalie Press), rentre d'Israël pour prendre soin de sa mère mourante. Assise à son chevet, lui lisant des passages en hébreu de la Bible, elle s'applique à renforcer la profonde dévotion de sa mère. Cette dernière lui demande de faire venir son frère, professeur de littérature anglaise, aliéné de la famille, ayant rejeté son passé religieux. Aussitôt, le frère et la sœur, qui s'étaient perdus de vue depuis 3 ans, reprennent une relation trouble et intense faite de désirs sexuels et de refoulements, ainsi que de rivalités fraternelles. David accepte de réintégrer le giron familial, mais à ses conditions, se cachant de sa mère, dans sa chambre d'enfant située à l'étage. C'est là que David, qui considère sa sœur comme une esclave de la religion, l'initie à un jeu sado-maso, parfois violent.


Les morceaux d’une famille juive tentent de se recoller autour de l’agonie d’une mère. Une sœur et un frère se retrouvent autour de cette mort. L’une, exilée en Israël, est devenue une sage fille qu’aucun homme n’a consommé, l’autre, le fils, semble perpétuellement à vif, il vit à Londres et n’a plus aucun contact avec sa mère. La disparition du père laisse des enfants rescapés qui n’ont pas vécu leur jeunesse et qui vivent dans des lois qui ne sont pas les leurs. Ces retrouvailles forcées vont leur faire vivre une seconde jeunesse, où ils interprètent un rituel qui pourrait être celui des fantômes de leurs parents. Le fils qui refuse toujours de voir sa mère s’installe dans la maison et se cache. La fille fait croire qu’elle a enfin un amant. Ils se livrent à de drôles de jeux, comme des enfants laissés sans surveillance, ou chacune de leurs pulsions s’exprime, où ils frôlent l’inceste, les coups, la domination, la soumission. Tout cela met en relief un vide infini, celui d’une famille disparue et fait forcément écho à la disparition du peuple Juif. Les jeunes gens se raccrochent à des images de la Bible. Les lois qui les régissent sont écrites, transmises par la mémoire collective et non par ces Parents qu’ils ont tués depuis bien longtemps. La mort de la mère est une atteinte à leur forteresse qu’ils se sont construite au fil des années par l’absence d’amour, de contacts. Finalement le vrai sujet du film est la mélancolie. Au lieu de tuer leurs parents symboliquement et d’en faire le deuil, ils incarnent les parents et se tuent eux-mêmes. La jeune fille incarne la mère tandis que le frère est habité par une violence physique et morale qui pourrait être celle du père… Le film est dense, les plans serrés, on plonge à l’intérieur du lien qui unit les deux personnages. Les personnages oscillent entre le réel de ce qu’ils vivent et les phantasmes de ce qu’ils aimeraient être. Cette confusion les rend fascinants, mythiques en quelque sorte. On a parfois affaire à Shakespeare… Le film regorge de richesse et explore par touches, par angles, tous les aspects d’une relation entre un frère et une sœur. Un voyage qui nous amène très loin au plus profond de la pudeur de ces deux êtres.

Oren NATAF, cinéaste

Who is your father” intones a disembodied voice over a shadowy mysterious landscape of horrified figures. “Who is your father,” the young man reiterates, in a phrase that sets him in question against his own Jewish identity. The father will remain absent throughout the film, and the classical family model of what’s left - mother, daughter, and son – proceeds inexorably down a path of complete deconstruction.

Uttering holy words of prayer and scripture from what will be her death bed, the mother craves to see her son once more. Her daughter Ruth stands by in obedient attendance in their North London home. But troubled son David, recalling Gide’s urgent “Famille, je vous hais,” distances himself from his mother as surely as if she represented the letter of the Law.
Despite excommunicating himself, David, the promising son become transgressor, starts to live his Jewishness vicariously through his sister Ruth. But prohibition yields desire, and their repressed lust towards their own flesh and blood threatens to reach a deadlock, a point of frustration, where the incestuous blends with the religious and boils into violence. King David – wasn’t he the one who killed in order to get Bathsheba ? Ruth becomes his obscure object of desire, and a murky mirror of his own narcissism.

Song of Songs, set by Josh Appignanesi on the border between the holy and the sacrilegious, is a dark, minimalistic yet complex film de chambre. The director skillfully captures the drives and anxieties of his characters, setting up an intimate and claustrophobic space where domination and submission verge on the sadomasochistic. Characters appear as shadows, abandoned, often shot from the back of the head, as if the camera is constantly searching for an identity, never quite reaching it. Blond-haired Ruth, apparently frail and introverted, dons a dark wig, symbol of marriage, playing with her looks as in Godard’s Le Mépris. Is she a married woman, a lover, a sister, a daughter… ?

Stunning cinematography intensifies an obscurity that folds temptation and death together. With cryptic imagery of fire, charged moments of silence, angles that refuse the face, and intense close-ups, one is reminded of Bergman.

The director shows us an impossible love, mirroring the biblical text Song of Songs in which the two lovers, constantly yearning for one another, never actually meet. Brother and sister’s repeated readings from the Bible seem both an iteration of the Law and an avowal to break it. Other quotations abound, resonating through the film : Ecclesiastes’ warnings of vanity butt against a powerful image of child sacrifice from William Blake. Appignanesi seeks to go deeper into the void separating ancient from modern, freedom from transgression, morality from vice, hoping there to find some salvation for being and emptiness.

Michale BOGANIM, cinéaste

Les Films


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