De l’histoire ancienne

Un film de Orso Miret

France - 2000 - 119 min - Couleur - 35mm

Sortie : 21 février 2001

Sélections et prix :
Semaine Internationale de la Critique Cannes 2000, Prix Jean Vigo 2000
Scénario : Orso Miret, Roger Bohbot et Agnès De Sacy
Image : Olivier Chambon
Son : Patrice Mendez
Montage : Agnès Bruckert


Avec :
Yann Goven, Olivier Gourmet, Brigitte Catillon

Olivier prépare un doctorat sur les Résistants français fusillés pendant la seconde guerre mondiale. Son meilleur ami, Guy, travaille dans une librairie et lui fournit les livres nécessaires à ses recherches. Mais Olivier veut surtout rencontrer le père de Guy qui, à la fin de la guerre, a échappé par miracle à une exécution collective. Le jeune libraire tergiverse. La rencontre n'aura jamais lieu : Guy cache à Olivier que l'ancien héros de la Résistance vient de mourir. Fuyant son deuil, Guy est peu à peu rattrapé par un sentiment de culpabilité : il s'accuse bientôt d'avoir fait disparaître toute trace de son père en acceptant qu'il soit incinéré. Il retourne dans sa famille, obsédé par l'idée de rendre hommage au défunt. Il trouve sa soeur Danielle et son frère Fabien inquiets pour leur mère que le deuil a affaiblie, physiquement et mentalement ; malgré les avertissements de ses aînés, Guy décide de prendre en charge le souvenir de son père, et de s'occuper seul de sa mère. Lorsque celle-ci est hospitalisée à la suite d'un malaise, Guy rentre chez lui en proie à un délire croissant.


La force du film d’Orso Miret réside dans sa cohérence, que rien, pas une image, pas un plan, pas un acteur n’échappe à servir le même but, celui de nous parler, nous faire vivre l’indicible, l’irracontable : qu’est-ce que l’absence définitive ? La mort n’est pas la fin de quelque chose pour ceux qui restent mais un début où il faut régler ce que la présence de l’autre a laissé en suspens. Le film d’Orso Miret met en action des personnages qui doivent faire le solde du passé et se poser la question : maintenant, que faire du présent ? Les deux frères et la sœur ne peuvent sortir intacts de cette confrontation avec la réalité de la mort. Le personnage du jeune frère(Guy) refuse la mort. En la refusant, il rend impossible l’Histoire, celle des historiens. Car le père mort est un héros de la résistance, situation qui rend impossible l’anonymat de la douleur. Etre dans l’histoire, c’est peut-être léguer aux « héritiers » le devoir de «  régler les comptes ». Tout dans ce film travaille l’idée du temps, chaque plan respire le temps de l’indécision des personnages, le temps de la douleur. Mais ce travail du temps n’empêche pas la fulgurance, fulgurance du voyage dans la folie de Guy. Rarement cette autre réalité irracontable n’a été aussi bien montrée, sans lourdeur ni pathos. Une succession de plans de situation nous mène à l’inéluctable, la folie suicidaire. Mais ce qu’il y a de fort, c’est que le personnage survit et doit alors faire place à la confrontation refusée jusqu’alors. C’est la petite fille qui, simplement, sans doute parce que pour elle il ne s’agit que de son grand-père, peut énoncer la phrase simple : Il est mort. Face à un tel film où on a la certitude d’avoir vu une œuvre rare, on est envahi par ce plaisir de l’émotion que l’on sait vraie car elle se nourrit des silences de chacun d’entre nous, de notre expérience. La réussite du film tient dans cette capacité de parler à chacun d’entre nous, à ce qu’il y a de plus enfoui, de plus secret. De l’histoire ancienne est un film courageux et offre ce plaisir d’avoir le sentiment d’être grandi soi-même par ce courage.

Jean-Henri ROGER, cinéaste

Les Films


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