Dernier Maquis

Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche

France/Algérie - 2007 - 93 min - Couleur - 35mm

Sortie : 22 octobre 2008

Sélections et prix :
Quinzaine des réalisateurs 2008 / Soutien Groupement National Cinémas de Recherche
Scénario : Rabah Ameur Zaïmeche et Louise Thermes
Image : Irina Lubtchansky
Son : Bruno Auzet et Timothée Alazraki
Montage : Nicolas Bancilhon
Musique : Sylvain Rifflet

Avec :
Abel Jafri, Christian Millia-Darmezin, Sylvain Roume, Rabah Ameur Zaimeche, Salim Ameur Zaïmeche, Mamadou Kebe, Mamadou Koita, Larbi Zekkour

Au fond d'une zone industrielle à l'agonie, Mao, un patron musulman, possède une entreprise de réparation de palettes et un garage de poids-lourds. Il décide d'ouvrir une mosquée et désigne sans aucune concertation l'imam...


PAROLES DE CINÉASTES

Adhen ou dernier maquis de Rabah Ameur-Zaïmèche

« Le titre du film est énigmatique pour le quidam qui ignore aussi bien la langue arabe que l’histoire contemporaine de l’Algérie (pays où est né le réalisateur). « Adhen’’ veut dire appel à la prière, »Dernier maquis’’ fait référence aux intégristes religieux, (on pense évidemment à l’Algérie). Quel est le rapport entre ces mots d’un vocabulaire étranger à la France d’aujourd’hui et le film qui se déroule dans la banlieue du nord de Paris ? Notre quidam cité précédemment ne verra évidemment pas de relations. Il y en a pourtant ! Car les populations étrangères en France transportent avec elles leurs us et coutumes que des petits malins vont manipuler pour mieux exploiter les ouvriers issus de ces populations. Pour montrer leur fragilité dans une société qui ignore presque tout de leur culture, le réalisateur filme des ouvriers qui partagent la même foi religieuse. Leur pratique religieuse (zigounette mutilée, prière collective grossière à mille lieux des psalmodies ensorcelantes des versets coraniques) est caricaturée à dessein par le réalisateur pour mieux montrer ensuite la « suprématie’’ du réel quand le conflit éclate entre le patron et ses ouvriers. Eh oui l’islam, comme toutes les religions, est utilisé comme une arme politique dans la lutte de classes niée par les zélateurs qui »ordonnent’’ aux fidèles de se fondre, (pour assurer la paix sociale), dans la fameuse Oumma, la communauté des croyants. Adhen ou dernier maquis est un film qui s’attaque avec un certain doigté à un problème complexe, le rapport entre le politique et le religieux. On n’est pas gêné par la simplicité du dispositif de la narration car tous les plans ont une densité qui « révèle’’ le jeu et les enjeux de sujets (rapports entre le patron et ses employés, entre l’imam et ses »ouailles’’, entre les ouvriers « noirs’’ et »arabes’’ etc..). Le réalisateur porte sur ses personnages un regard complice agrémenté d’un certain humour, et la dose de poésie des images et des sons compensent les « non-dits’’ du film. Dans son regard sur le monde qu’il filme, on y lit la pensée du réalisateur sur la situation actuelle du pays qui l’a vu naître et auquel il a consacré le magnifique Bled Number One. Avec Dernier maquis, Rabah Ameur revient à »sa’’ banlieue qu’il avait déjà mis en scène dans Wech Wech, film d’un inconnu et que l’ACID a eu le flair de soutenir fermement. On connaît la suite…. »

Ali AKIKA, cinéaste


Mine de rien, les ondes souterraines de Dernier maquis font retour avec insistance bien au-delà du temps de sa projection. Etrange objet, qui résiste aux analyses univoques, tant programmatique que formelle, qui s’installe comme une comédie ouvrière et vire au drame. Les Ressources Humaines chez les Lumpen d’un côté, l’usine à la campagne (comme on dit la ville à la campagne) de l’autre ; la place de l’islam dans le monde du travail et les luttes ouvrières. Fiction certes, documentaire à l’évidence, comme aime à les combiner Rabah Ameur-Zaïmèche : l’interpénétration de ces deux registres met le jeu social en perspective et préserve la complexité des personnages en désamorçant toute posture doctrinale.

Dernier maquis brosse le portrait d’un groupe traversé par l’humanité, la politique, la religion et l’absence des femmes - cette dernière question réglée, si l’on peut dire, dès la première partie du film, signifiée/sublimée dans le geste fou d’une castration symbolique prétendument conforme aux exigences de la loi religieuse ; mais on sait bien que la place des femmes, dans le contexte de l’immigration, renvoie nécessairement aux difficultés des conditions de vie, entre autres à la question du regroupement familial. Quelque part entre les environs d’une grande ville et la verte campagne française, ça usine, pointe, frappe et ferraille dans l’espace et la matière d’une zone industrielle à l’agonie. Hautement métaphorique, avec une grande simplicité, le film fonctionne comme les palettes (uniment rouges) fabriquées par l’entreprise et dont l’accumulation vertigineuse sert de décor au film. Pas vraiment une production sophistiquée, plutôt des objets transitionnels sans lesquels la marchandise ne circule pas. Activateur d’un imaginaire et d’une réflexion dont le spectateur doit régler les registres, le film construit sa propre tension sur cet écart entre le récit et l’artifice du lieu. Plus que d’un espace théâtral, c’est d’installation, au sens des arts plastiques, qu’il s’agit. C’est à dire un espace dans lequel on est invité à déambuler afin de produire sa propre fiction. Ici, la force expressive des empilements de palettes résonne comme l’accumulation dérisoire de marchandises fantômes, l’ordre précaire, la clôture, l’urbanisme de périphérie et le flamboiement potentiel des révoltes. Le titre, Dernier maquis, donne à l’évidence le ton politique. Dans l’entreprise du patron Mao, la place des immigrés dans la hiérarchie du travail se rabat sur l’historicité de l’immigration ; les travailleurs africains formant la dernière vague, la plus précaire, la plus fragile, la plus à distance de l’observation. On n’en sait pas plus sur chacun des personnages que ce qui se joue dans leurs interactions ou ce qui s’entraperçoit dans le sillage de la caméra. « La manière énergique de filmer peut rappeler celle du cinéma documentaire, mais c’est vrai qu’on n’est pas pour autant dans l’actualité. C’est un autre rapport au temps, où il ne s’agit pas forcément de filmer une réalité immédiate, de manière réaliste. Il s’agit d’une proposition, juste présenter des choses, non pas porter de jugement », explique Rabah Ameur-Zaïmeche.

A la ligne claire du récit, s’oppose l’opacité de Mao dont la démagogie ambiguë va être démasquée en même temps que la vraie fonction de la religion, seul lien qui les unit tous, et au sujet de laquelle le film, « laïque » selon le réalisateur, distingue opportunément les croyants des clercs. Interprété par le réalisateur lui-même, Mao fait juste tourner son entreprise et le film autour de lui. Ce n’est que dans une superbe scène d’échappée, que quelque chose de sa vérité intime va se faire jour. Dans la scène du ragondin, au milieu de la nature immuable de canaux verdoyants, jungle édénique et accueillante aux animaux venus d’ailleurs, indifférente aux instabilités des points de vue, ce qui se conte c’est l’éternelle migration des hommes, quelque chose comme le sel de la terre.

Cati COUTEAU

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