Faire kiffer les anges

Un film de Jean-Pierre Thorn

Programmation ACID
Cannes 1997

France - 1996 - 128 min - Couleur - 35mm


Image : Denis Gheerbrandt, José Reynes et Christophe Pollock
Son : Jean-Paul Bernard
Montage : Janice Jones


Avec :
Les compagnies Aktuel Force, Accrorap, Azanie, Käfig, Melting Spot

Depuis 15 ans, du Bronx aux Minguettes, dans les souterrains des villes et leurs banlieues, s’est imposé un mouvement artistique rebelle, le « {Mouv’ Hip Hop} » qui, à travers « {graffs} », « {rap} » et danse permet à toute une jeunesse exclue de dire : « {J’existe !}".Qui sont les danseurs de ce « {mouv} » ? Leurs parcours, leurs rages, leur rêves, leurs espoirs ? Qu’est-ce qui fait que toute une génération – qui se vit comme « {grillée} » – se reconnaît dans l’énergie particulière de cette culture ? D’où vient la beauté sauvage de ce langage des corps (inventé sur des cartons à même le sol) passant aujourd’hui de la rue à la scène et bousculant tous les codes de la danse contemporaine ? Un voyage initiatique à travers les paysages lunaires - friches industrielles, caves, cités, centres urbains anonymes - à la rencontre de quelques-uns des personnages de cette aventure pour restituer une parole véritable - intime - à tous ceux que l’on n’entend plus d’ordinaire qu’à travers le prisme déformé des médias, lorsque brûle la banlieue au journal de 20 heures. » Jean-Pierre Thorn (novembre 1996)


La première image de ce film nous entraîne à la suite de Nordine derrière les murs de béton d’une cité urbaine à Vénissieux, où dans un terrain vague abandonné, Nordine le graffeur nous invite avec un clin d’œil à partager son art. Mais là où nous attendions sa main c’est sa voix qui nous prend et nous emmène faire un tour, histoire de nous faire comprendre le surgissement de cette culture Hip Hop…

Et ces voix retenues, intimes, tendues comme des lance-pierres nous disent les choses qu’on aimerait bien entendre au journal de 20 heures quand parfois flambent les banlieues. Nous les écoutons, pendant ce temps ils en profitent pour danser, la conversation continue avec leur corps, leurs gestes comme si ils continuaient encore à être cet autre qui parlait juste avant.

Tout cela a l’air magique, facile, mais demande un travail rigoureux, une lutte, un mauvais traitement infligé à leur corps sur le béton des cités. Tout cela s’accomplit de façon ludique, sans plainte. C’est comme cela qu’ils ont échappé à leur néant, c’est comme cela qu’ils ont inventé leur art « La Culture du Futur », par des transmutations intimes, en pensant avec leur corps. Ils sont rebelles, ils sont plusieurs à eux tout seul, ils sont le nombre. C’est un mouvement comme il n’y en a plus guère en art et c’est en mouvement.

Si c’est récupéré là ça repartira là-bas. On le sent. C’est une rage de vivre autrement et de le dire par les mots, la danse, la musique. Ce qui me plaît dans la démarche de Jean-Pierre c’est qu’il continue avec son film à sillonner la France pour nouer un autre dialogue entre ceux qui sont reconnus aujourd’hui et les autres qui vont continuer demain à chercher leur expression.

Jacques KEBADIAN, cinéaste

Les Films


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