Fantômes de Tanger

Un film de Edgardo Cozarinsky

France - Maroc - 1997 - 87 min - Couleur - 35mm

Sortie : 3 novembre 1998

Scénario : Edgardo Cozarinsky
Image : Jacques Bouquin
Son : Cyril Moisson
Montage : Martine Bouquin
Musique : Orquesia Andalusi de Tanger

Avec :
Harry Benchimol, Abdelwahid Boulaiche, Paul Bowles, Mohamed Choukri, Laurent Grevill, Mercedes Guitta, Jacob Ha-Cohen, Jacob Lasry, Younes Moktader, Rachel Mouyal

Dans le Tanger d'aujourd'hui, deux personnages croisent leurs chemins sans jamais se rencontrer. L'un est un petit garçon venu du sud marocain, avec le seul espoir de traverser clandestinement, comme tant d'autres, le détroit de Gilbratar pour arriver en Espagne, dans la «{terre promise}» de la communauté européenne... L'autre est un écrivain européen en panne d'inspiration, venu visiter, comme un musée vivant, les lieux et les personnages encore vivants d'une légende: le Tanger de la «{zone internationale}».... Le film couvre tout l'espace géographique et humain de Tanger : un espion anglais à la retraite, une synagogue secrète, la vieille maquerelle des bordels de garçons, un concert de musique arabe andalouse, les tombeaux phéniciens devenus vide ordures...


Fantômes de Tanger est une sorte de visite guidée à travers cette ville où tout ce qui peut orienter une vie loin des normes (drogues, sexe, aventure politique, rupture d’identité, passion de l’écriture) se pratique à ciel ouvert et en toute liberté. Joué par un acteur (Laurent Grévill, dont le costume blanc semble venir d’un film de Mankiewicz), le guide en serait ce touriste, déjà lassé de tout mais patient et attentif, chargé par Cozarinsky de nous faire peu à peu découvrir que les fantômes sont d’anciens vivants et que les vivants d’aujourd’hui vivent tout autant de souvenirs, en attendant d’aller les rejoindre.
Comme chacun de ses films, Cozarinsky pratique un cinéma admirablement hybride, qui emprunte à la fois au genre documentaire le plus traditionnel dans la façon qu’il a de filmer à l’ancienne, comme s’il rassemblait des matériaux tournés par d’autres à des fins strictement archiviques, et au genre de la fiction la plus moderne en ce qu’il n’invite jamais à partager que des traces ternies, des objets personnels abandonnés dans la fuite ou dans la mort, des souvenirs lointains mais encore vifs, et au bout du compte cette grande mélancolie de qui trouve ses racines partout et nulle part.
Tout cela n’empêche pas l’émotion la plus directe d’advenir sans prévenir, que ce soit dans cette prose opaque susurrée par Paul Bowles, dans cette tranquillité anonyme de chacun au-dessus de la mer, ou encore dans le convoiement tragique en barque de jeunes migrants trop confiants dans leur pilote.
Le cinéma de Cozarinsky, par son apparente convention d’écriture qui n’impose rien, lui est si naturel qu’il inscrit comme certitude qu’à partir de n’importe quel sujet de commande, il sait en même temps suggérer les émotions les plus communes sans être ni banal ni rhétorique, et relier chaque destinée singulière qu’il entrevoit à la grande ombre traînante de l’Histoire qui continue d’avancer.

Jean-Claude BIETTE, cinéaste

Les Films


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