« Goodnight Nobody », de Jacqueline Zünd

Publié le 31 mai 2011

Christophe Kantcheff, Politis

Les tout derniers jours du festival sont généralement les plus éprouvants. En raison de la fatigue accumulée bien sûr – qui, par exemple, rend moins vigilant et ouvre grand la voie aux erreurs et bizarreries d’écriture : ainsi, dans la chronique d’hier, j’ai allègrement transformé le titre du film de Jafar Panahi, Ceci n’est pas un film en Ceci n’est pas une pipe. Mais, chers lecteurs, ne cherchez pas, l’erreur est maintenant corrigée.

Il n’y a pas que la fatigue, il y a aussi les regrets. De ne pas avoir vu tel ou tel film (mais la frustration est consubstantielle à un tel festival, quand on est dénué du don d’ubiquité). Regrets surtout de ne pas avoir eu le temps de parler de certains films. Comme celui de la programmation de l’Acid, présenté jeudi, Goodnight Nobody , de la Suissesse Jacqueline Zünd. Un joli film qui, sur le papier, était un vrai pari. La cinéaste dresse le portrait croisé de quatre insomniaques aux quatre coins du monde : un Ukrainien, une Américaine, un Burkinabè, et une Chinoise.

Portrait n’est pas le bon mot. La caméra de Jacqueline Zünd les accompagne la nuit, quand les rues sont désertes, les appartements silencieux, les braves gens endormis, tandis que les insomniaques se confient. Ils témoignent de leur désœuvrement (l’Américaine, au volant de sa voiture sans destination), de leur enfance (la Chinoise, les disputes de ses parents n’étant pas étrangères à ses nuits blanches), du sort que leur pays a réservé à leur absence de sommeil (l’Ukrainien, qui fut traité comme un spécimen à exhiber), ou de leurs visions enchantées (le Burkinabè). Ce dernier est le seul à transformer son « infirmité » en espace des possibles. Le seul à être capable de sortir de lui-même, de ce qui enferme les autres dans leur solitude.

Goodnight Nobody est une belle évocation mélancolique de notre monde mondialisé en mode nocturne, où les insomniaques font figure de vigies involontaires, livrés à eux-mêmes par obligation, emplis de leurs rêves éveillés par nécessité.

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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