Gypsies go to Hollywood (via Cannes)

Publié le 4 juin 2014

Il pleut, mais il voudrait tellement que leur séjour soit réussi… Alors le rendez-vous est pris au Carlton, pas dans un café ordinaire de la Croisette ! Elles sont là, les deux comédiennes non professionnelles, Klaudia Dudova et Maria Ferencova-Zajacova. Deux brunes assises sur le canapé rouge, aussi belles que les blondes alentour. Les jeunes femmes rroms font face à Petr Vaclav, le réalisateur du film qui a « parcouru 25 000 kilomètres depuis Paris » pour faire son casting sauvage, en République tchèque, et les a filmées dans Je m’en sortirai (Cesta ven) – sélectionné à l’ACID.

Maria a hésité avant d’accepter ce rôle dénudé de la fille qui se vend à un pervers. Klaudia, qui tient le rôle principal, essaie juste d’avoir une vie normale, de préférence sans son mari qui a l’art d’attirer les embrouilles. Elle veut élever dignement leur fille, trouver un travail, un logement. Mais, face à elle, se dressent des obstacles, comme ces marches anti-Rroms téléguidées par l’extrême droite. Des Blancs presque aussi démunis que ceux qu’ils nomment « les Noirs », les Gitans.

Dans la vraie vie, Klaudia n’est pas si loin de son personnage. Elle aussi a quitté son compagnon qui la voulait « à la maison ». Dans quelques mois, quand son congé maternité s’achèvera, elle retrouvera son emploi de vendeuse dans une épicerie, et sa petite fille ira à la crèche. Mercredi 21 mai, elle retournera dans sa ville, Usti nab Ladem, en République tchèque. Avant Cannes, elle n’était jamais sortie de son pays… « Rien que pour ça, c’est fabuleux », sourit-elle.

Ce lundi 19 mai, elle a parlé à un jeune Rrom sorti d’un autre film de l’Acid, Spartacus & Cassandra, de Ioanis Nuguet. Spartacus, 16 ans, est venu à Cannes avec sa sœur Cassandra, « bientôt 14 », le regard bleu comme une aigue-marine. Tous deux ont une nouvelle famille d’accueil, le réalisateur et sa compagne, Camille ! Celle-ci est la circassienne qui joue son rôle dans le documentaire, et l’amour leur est tombé dessus pendant le tournage.

Comme dans un rêve bizarre

A l’origine, Camille a monté un chapiteau à Saint-Denis. Puis, elle s’est liée d’amitié avec Spartacus et Cassandra, qui faisaient la manche avec leurs parents, des Roumains. Camille a inscrit les enfants à l’école, et un jour elle a osé dire : ils doivent quitter leurs parents pour ne pas finir comme eux… Ioanis n’a filmé « que ce que les enfants ont vu de leurs yeux », dit-il.

Le montage chronique la rupture familiale comme dans un rêve bizarre. Cassandra a voulu fuguer. Au collège, son frère vivait mal les réflexions de ses camarades. Jusqu’au jour où Ioanis est venu le filmer dans la cour. Les copains, ça les a scotchés ! Finaud, Spartacus n’en a pas rajouté : il ne leur a même pas dit qu’il partait à Cannes…

Clarisse Fabre, LE MONDE

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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