J’aime travailler

Un film de Francesca Comencini

Italie - 2004 - 89 min - Couleur - 35mm

Sortie : 9 mars 2005

Scénario : Francesca Comencini, Assunta Cestaro et Daniele Ranieri
Image : Luca Bigazzi
Son : Marzia Cordu
Montage : Massimo Fiocchi
Musique : Gianni Coscia et Gianluigi Trovesi

Avec :
Anna Nicoletta Braschi, Morgana Camille Dugay Comencini, Rose Matteucci

Anna (Nicoletta Braschi) vit seule avec sa fille, Morgana (Camille Dugay Comencini) et travaille au service comptabilité d'une grande société. Aimant son travail, appréciée de ses collègues et des fournisseurs, tout bascule le jour où son entreprise est rachetée par une multinationale. En l'honneur de la fusion, une fête est organisée ; Anna est la seule employée à ne pas être saluée par le nouveau chef du personnel. Un incident banal, ou peut-être seulement un oubli ?A partir de ce petit événement, lentement mais inexorablement, le "groupe" se déchaîne contre elle. Les vexations commencent, petites, imperceptibles, mais réitérées quotidiennement. Ses collègues se détournent d'elle, Anna est laissée seule à table à la cantine de l'entreprise, personne ne l'invite plus à prendre le café le matin, elle n'est plus conviée aux réunions... Quand ses directeurs la changent de poste et l'obligent à recommencer en bas de l'échelle, Anna tente de prendre cette modification de façon positive mais le comportement malveillant des salariés la déstabilise complètement. Malade, incapable désormais d'affronter son quotidien, elle ne trouve même plus le courage de s'occuper de Morgana, qui néanmoins est la seule à soutenir et entourer sa mère. Il faudra alors qu'Anna rassemble son courage pour parler à quelqu'un de ce qu'elle traverse?


Il me semble que l’on aurait tort de considérer le film de Francesca Comencini comme un film social réaliste sur le monde de l’entreprise, un film de plus sur l’aliénation des travailleurs exploités par un patronat injuste. Oui, on aurait tort, car sous un drapé réaliste, J’aime travailler est une belle fable sur la condition humaine. Ainsi, durant la vision du film, j’ai souvent pensé à Kafka. Les mouvements de la fiction, le déclenchement de l’action sont proches pour moi de ceux qui débutent Le procès. J’ai vu dans le visage de Nicoletta Braschi, cette beauté des accusés dont parlait Kafka. Car J’aime travailler est d’abord pour moi le récit d’un procès, un procès sans tribunal et sans juge, un procès abstrait, donc terrifiant. Parce qu’il n’y a pas de raisons précises dans la mise à l’écart d’Anna. Elle est déclarée coupable un beau matin, elle ne sait pas de quoi, personne ne le sait, mais tous les autres employés la traitent en tant que telle. Elle est condamnée (comme on condamne une porte) à ne plus servir à rien. Elle est punie, non seulement innocente, mais ignorante de sa faute, adoptant pourtant des postures de coupable et c’est de cela justement que le film tire sa puissance : il n’y a pas de faute, pas d’explication. Anna est coupable d’être Anna, tout simplement. Elle n’est pas licenciée, juste rétrogradée progressivement, et plus elle descend dans l’échelle du travail, plus les regards se détournent puisqu’elle a fini par devenir transparente. Il faut voir alors Nicoletta Braschi, embellie par son châtiment, passer directement de l’espace de l’entreprise à celui de son appartement comme si le monde extérieur n’existait plus. L’air libre ne compte plus pour l’accusée et seule sa fille, figure de l’innocence a le droit au vagabondage entre l’école et le foyer. Voilà pourquoi J’aime travailler est pour moi réussi, parce qu’il a su dépasser le film contestataire et indigné pour fouiller des mystères plus éternels.

Charles CASTELLA, cinéaste

Les Films


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