Je m’en sortirai (Cesta Ven) : un éblouissant néoréalisme

Publié le 20 mai 2014

Ce beau portrait d’un couple de Roms victimes de discriminations a été un des moments forts de la section Acid du Festival de Cannes.

L’argument : Bohème du Nord, 2013. Zaneta, jeune femme rrom moderne, aspire à un destin insensé pour tout Gitan : mener une vie ordinaire. À armes inégales, elle se bat pour intégrer une société hostile, et préserver malgré tout sa dignité et son amour.

Notre avis : Réalisateur tchèque vivant à Paris depuis 2003, Petr Vaclav est l’auteur de documentaires et d’un long métrage, Marian (1996), traitant de la cause des Rroms en République Tchèque. Le cinéaste a remarqué que l’ostracisme dont ils ont été victimes sous le communisme n’a pas disparu. Il a même trouvé une résurgence phénoménale depuis la crise économique et la précarisation des classes moyennes.

Zaneta est le prototype du personnage qui cherche à s’intégrer mais peine à réaliser son rêve d’une vie heureuse. Son compagnon est pris dans le piège des dettes non remboursées auprès de caïds locaux et rame pour boucler les fins de mois, les services sociaux bureaucratiques ajournant ses allocations au moindre retard de pointage. Elle-même n’arrive pas à se faire embaucher autrement que dans de dérisoires emplois au noir, la société textile susceptible de la recruter la trouvant sous qualifiée et l’intérim étant lui-même moribond en période de récession.

Le film donne une vision très noire de la société tchèque, avec son administration tatillonne, ses discriminations envers une communauté ou ces petits entrepreneurs qui abusent de la détresse humaine, à l’image du propriétaire d’un foyer pour jeunes mères, négligeant les conditions d’hygiène et de salubrité pour augmenter son chiffre d’affaires. Pour autant, il ne faudrait pas réduire Cesta ven à un pamphlet donnant une leçon d’humanisme et de compassion.

Le film est avant tout une belle histoire d’amour et de vie, sobrement filmée, avec des moments de grâce qui voient Zaneta faire la fête entre deux malheurs, en compagnie de beaux-frères « chelou » mais conviviaux ou d’une collègue bienveillante qu’elle entraîne dans un pub endiablé après s’être vu refuser l’entrée dans une discothèque. Jamais le cinéaste ne verse ici dans le pittoresque, et ces instants de répit avant un combat permanent s’intègrent avec harmonie dans un récit où les ruptures de ton sont rares.

On est ici dans la tradition du meilleur néoréalisme, qui transcende l’aspect documentaire par une exigence esthétique et formelle, une forme que le cinéaste appelle « au-delà du réel » dans le dossier de presse. Car même si le film est tourné dans des appartements réels empruntés à leurs habitants gitans ou dans des usines quasiment désaffectées, le travail élaboré sur les dialogues ou le montage alternant plans séquences et ellipses sont ici la marque d’un grand artiste. Il ne serait pas surprenant de voir Peter Vaclav suivre les traces des frères Dardenne ou de Cristi Puiu.

Gérard Crespo, Avoir-alire.com

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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