L’ACID, ils sont tombés dedans petits

Publié le 25 mai 2012

Que le filmeur ne se décourage pas, quelques bonnes fées veillent sur lui. D’Alain Cavalier à Claire Denis, de Serge Bozon à Pierre Schoeller, nombre de grands cinéastes sont un jour passés par l’ACID, depuis qu’il y a vingt ans, en novembre 1992, l’Agence du cinéma indépendant pour sa diffusion a fait irruption dans le paysage.

L’ACID a débarqué un an plus tard au Festival de Cannes - c’était en mai 1993 - parce que l’envie d’y montrer quelques premiers films était trop forte. Premier du genre, Parfois trop d’amour, de Lucas Belvaux, y fut alors projeté. Ce road-movie intimiste n’avait pas de distributeur, seulement l’estime de quelques cinéastes. Lucas Belvaux ne l’a pas oublié. « Je traînais mon film depuis plus d’un an sans grand espoir de le voir sortir un jour, persuadé qu’il n’intéressait personne, que je l’avais raté et que mon expérience de réalisateur s’arrêterait là. Ce sont les réalisateurs de l’ACID qui m’ont fait prendre conscience que mon film était digne de plus d’intérêt », écrit le réalisateur, dans un texte joliment intitulé « Jamais trop d’Acid ».

Mécanique solidaire

Les réalisateurs sont vite devenus accros : l’ACID, pour ne pas décrocher de l’affiche ! L’Agence est, en effet, d’abord née de la colère de cinéastes français lassés de voir des films d’auteur trop vite éjectés des écrans : en novembre 1991, ils rédigèrent un appel solennel, Résister, signé par 180 réalisateurs (Lucas Belvaux, Xavier Beauvois, Danièle Dubroux, Jeanne Labrune, Luc Moullet, Alain Tanner, Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Thorn...). A l’époque, Lucas Belvaux résumait l’originalité du projet de l’ACID en quelques mots : « Sortir différemment des films différents. » Comment ? Par la grâce d’une mécanique solidaire : des cinéastes reconnus et aguerris sélectionnent des œuvres, souvent signées par des auteurs inconnus, et s’engagent à les soutenir avant, pendant et après leur sortie en salles.

Chaque année, la roue tourne : l’ACID présente sur la Croisette une dizaine de films. La plupart des oeuvres « arrivent » sans distributeur. L’infusion cannoise est censée y remédier. En 2011, sur neuf longs- métrages, seuls deux avaient déjà leur contrat de distribution. Quatre de plus ont ensuite trouvé preneur ; restent trois films qui sont « en discussion avancée ». La force de l’ACID, c’est aussi son partenariat noué avec 250 cinémas art et essai. A Cannes, les salles de projection sont remplies aux deux tiers d’exploitants qui guettent les réactions du public et testent le potentiel d’un film. « On inverse le système de l’offre et de la demande. On convainc les exploitants avant que les distributeurs ne décident de sortir le film », souligne la déléguée générale de l’ACID, Fabienne Hanclot.

Le reste de l’année, à Paris, la fourmi ACID soutient la diffusion d’oeuvres qui sortent sur moins de 40 copies, prenant le relais du distributeur quatre semaines après la sortie nationale d’un film. Citons Dancing (2003), de Patrick Mario Bernard, Pierre Trividic et Xavier Brillat, ou encore Tropical Malady (2004) : le film d’Apichatpong Weerasethakul, bien que sélectionné en compétition officielle en 2004, n’en restait pas moins fragile - et l’on se souvient que le dernier film du réalisateur thaïlandais, Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, n’a trouvé un distributeur que le jour où il allait obtenir la Palme d’or, en 2010.

Pour l’ACID, le cas de Noces éphémères, de Reza Serkanian, reste exemplaire : présenté sur la Croisette en 2011, sorti en salles le 9 novembre, le film iranien continue son chemin. Il a déjà fait étape dans une centaine de salles. Et il tourne encore. Tant qu’il restera un spectateur pour dire : « Je veux voir. »

Clarisse Fabre - LE MONDE

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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