L’amour au temps du baccalauréat - La Tête la première

Publié le 4 avril 2013

Curieuse œuvre que ce premier film. On y suit deux adolescents pérégrinant à travers la Belgique, tantôt en stop, tantôt à pied, tantôt en train, l’une à la recherche d’un mystérieux écrivain, le second aux trousses de cette dernière. Amélie Van Elmbt dirige un film libre et charmant, où derrière les grandes discussions idéologiques de ces deux jeunes gens se cache le jeu de séduction le plus primal – un double dialogue écrit et capté avec une douce bienveillance par la réalisatrice.

On s’amusera volontiers à pister dans La Tête la première quelques traits du film étudiant : un charme amateur assumé, des acteurs exclusivement jeunes, des scènes faites de bric et de broc où il n’est pas rare de voir un passant traverser le cadre et y jeter un regard intrigué. Le film d’Amélie Van Elmbt est petit. Il ne s’appuie que sur deux acteurs, une troisième voix à l’occasion. Zoé, l’indomptable, canalise son mal-être généralisé dans sa passion aveugle pour un écrivain, à qui elle envoie des pages de poésie. Adrien tombe sous son charme ; discussion après discussion, il cherche sa faille, s’essaye à l’intime, à la confidence, et surtout essaye de lui ressembler – pour mieux la conquérir. Lui ressembler, c’est assez difficile : elle joue volontiers le caméléon, cultive son indépendance en échappant constamment à qui veut regarder ses cartes.

Zoé et Adrien discutent en rebondissant constamment l’un sur l’autre. Les conversations sont décousues, parce qu’il s’agit surtout de porter un coup, de le dévier, de tenir sa garde. La Tête la première parle principalement d’une histoire de carapace. Celle de Zoé, c’est sa façon de rester insaisissable, toujours dirigée vers le haut (et notamment vers la prière à Sainte Thérèse). Elle a pourtant tout de l’adolescente mal dans sa peau : extrêmement fragile, car si sa carapace est épaisse, elle est aussi percée, et quand Adrien parvient à s’y glisser, elle explose. Lui a les pieds sur terre, mais devient bientôt l’ombre de Zoé. Il y a alors quelque chose d’à la fois charmant et pathétique dans sa façon de se raccrocher à toutes les branches pour essayer de remonter jusqu’à l’intime de la jeune fille. Il s’attache à sa seule option : lui être utile, et devient assez zélé dans ce registre.

La Tête la première, ou plutôt la tête dans le guidon. Le film d’Amélie Van Elmbt parle d’incommunication, de conflits intérieurs étouffés, et surtout de la façon dont on se met, à cet âge-là, à l’abri de son bouclier. Son mode de « je t’aime, moi non plus » traduit avec légèreté le rythme pour le moins bancal des relations adolescentes. On y voit une Alice de Lencquesaing dans un mode rohmérien assez nouveau pour elle, et même une apparition de Jacques Doillon. Si le final peut nous laisser sur notre faim, l’intérêt repose peut-être moins sur une conclusion que dans la durée du film – qui s’en tire donc la tête haute.

Théo Ribeton - CRITIKAT.FR

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