L’Eté indien

Un film de Alain Raoust

France - 2007 - 100 min - Couleur - 35mm

Sortie : 19 mars 2008

Sélections et prix :
Festival International du Film Francophone de Namur 2007 - Rencontres du Cinéma de Pau 2007 - Festival de Vendôme 2007 - Euopean Film Festival Estoril 2007 - Recommandation GNCR - Document 4p ACID/CCAS/AFCAE - Plus d'infos www.myspace.com/alainraoust www.myspace.com/olivieradam
Scénario : Alain Raoust et Adam Olivier
Image : Céline Bozon
Son : Jean-Paul Bernard
Montage : Sophie Deseuzes
Musique : Pascal Humbert

Avec :
Johan Leysen, Déborah François, Johanna Ter Steege, Guillaume Verdier

René Kreumeykers habite avec sa fille Suzanne dans une station de ski des Alpes du Sud. Flamand exilé en France depuis des années, il vivote tant bien que mal en tachant d'oublier une ancienne vie. Une lettre et soudain son passé le rattrape. Face à un secret qu'il ne peut plus cacher, il doit affronter à nouveau l'homme qu'il a été. Au risque de perdre sa fille.


On a l’habitude de souligner l’importance de la rencontre d’un metteur en scène et d’un acteur. Celle d’Alain Raoust et de Johan Leysen est remarquable, elle a inventé René. René est mieux qu’un personnage de cinéma, c’est un homme, ausculté par la caméra subtile du réalisateur. Et je parierais fort qu’il apparaîtra chaque fois que ceux qui auront vu le film croiseront un type mal rasé, coiffé d’un bonnet de laine, juché dans son vieux 4x4. Filmer un corps c’est trouver la distance, comme en boxe et dans cet exercice, Alain Raoust frappe juste. Un exemple : René est au bord de la route, il regarde passer les voitures. En très gros plan, son visage buriné, semble épuisé par ses conflits intérieurs. Voilà, tout le film est contenu dans l’hébétude du visage de René, échoué sur le rivage du monde des vivants, ceux qui savent pourquoi ils vont d’un endroit à un autre. Dès le début du film, on sent chez René, une cassure qu’il ne peut réparer comme il répare la machine du téléphérique. Dès le début, ça s’enraye, ses gestes sont de moins en moins précis, il se blesse au travail. Dès le début, il reçoit une lettre qui le bouleverse. Et puis le travail s’arrête. Le cinéma a souvent montré le broyage social des hommes, ici, l’ennemi vient de l’intérieur, c’est le vide, la béance et la culpabilité. René ne peut rien changer, rien modifier, rien recommencer. Ça lui échappe, comme sa fille lui échappe pour mener sa vie qui n’appartient qu’à elle. Il est jaloux, cette jeune femme en cache une autre, disparue. Avec la lettre, le passé refait surface c’est le retour du refoulé. La caméra commence alors à coller à son acteur, comme la dépression englue le personnage à la poursuite de ses fantômes. René parle par bribes, en pointillé, la parole libérée est aiguisée par la solitude. Il ne trouve plus sa place, il est décalé, comme si la dépression l’avait fait passer dans un monde parallèle. Il n’arrive plus à se superposer aux autres. Il glisse inévitablement et ça déborde, ça bave sur ses relations, sur sa liaison. La montagne est l’énorme caisse de résonance de son malaise. De temps à autre, il va dans une minuscule caravane qui contient encore des traces d’intimité. C’est là qu’il libérera sa fille du fardeau de son secret. Une grande force du film vient de sa similitude avec son personnage. On tourne autour de lui comme il tourne autour de son vide intérieur. La mise en scène ne cherche pas à remplir ce vide, mais au contraire à l’agrandir pour nous y faire descendre et sentir avec le personnage. Plus on descend, plus ça paraît vaste et dévasté, plus la montagne est imposante, jusqu’à la scène de chasse. Au bout de son canon, René tient la silhouette d’un chamois sur une crête. Ils sont égaux dans le silence, le chamois avec sa montagne, René avec sa solitude.

Joël BRISSE, cinéaste

Les Films


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