L’Humanité

Un film de Bruno Dumont

France - 1999 - 148 min - Couleur - 35mm

Sortie : 27 octobre 1999

Sélections et prix :
Grand Prix du Jury et Double prix d'interprétation - Cannes 1999
Scénario : Bruno Dumont
Image : Yves Cape
Son : Pierre Mertens
Montage : Guy Lecorne
Musique : Richard Cuvillier

Avec :
Ginette Allègre, Séverine Caneele, Ghislain Ghesquière, Emmanuel Schotté, Philippe Tullier

Voici l'histoire d'un homme simple, jeune, qui se sait peu et espère en chacun de nous. Lieutenant de police Pharaon de Winter. L'histoire de sa vie naïve. Un homme strict et humble qui reprend sur lui le mal d'autrui et qui, sans fin souffre de cette sympathie. Voici son sacrifice. Pharaon a peu de personnes à qui parler et ne s'adresse, presque, qu'à lui-même. Célibataire, la trentaine, il demeure avec sa mère dans la rue au nom du peintre homonyme à Bailleul dans les Flandres. Pharaon De Winter pleure, parfois ; cet homme incliné pleure quand à la télévision les images diffusées sont inhumaines. Il pleure quand la misère à son travail devant lui est telle - le mal - qu'il ne sait plus. De nos jours, le lieutenant est amoureux d'une voisine, Domino, vingt-trois ans, ouvrière. Il est devenu son ami et un peu celui de son copain Joseph, un chauffeur routier scolaire. Souvent ils sortent à trois ; le vendredi, le samedi. Domino a une sympathie très pure pour Pharaon qui lui, se mine de son amour pour elle. C'est son cancer. Il n'a que ses yeux pour dire sa mélancolie ; faire sa tronche de rien quand Joseph et elle se touchent devant lui. Alors il va se faire souffrir sur son cycle, à se désunir sur le mont des Cats et les gens voient ce coureur en habits sportifs, les dimanches rendre son existence. Il cultive les dahlias dans les jardins familiaux de la cité du Nouveau Monde. Son travail, une enquête sordide, découvre lentement son désespoir et l'effroi de sa propre culpabilité, une culpabilité universelle, celle de notre monstrueuse nature.


L’Humanité un film qui provoque beaucoup de réactions contradictoires (c’est déjà bon signe). Moi je l’ai reçu (dans cette projection de presse cannoise où certaines manifestations faisaient réellement douter de l’humanité) avec curiosité, l’esprit mis soudain en éveil : des questions me viennent, le rappel que chacun voit le monde différemment, ce plaisir de découvrir le regard de l’autre, surtout si cet autre a le culot de croire autant au cinéma, ce plaisir du plan, du temps, ce désir de parler de la sainteté revisitée dans ce difficile contexte d’une bourgade du nord de la France, ce monde si peu regardé.
Et puis surtout cette interrogation essentielle sur l’horreur, l’horreur qui toujours surgit au cœur de cette humanité, horreur incompréhensible, inexplicable et tellement insupportable, comme ce plan si décrié de cette enfant torturée, violée. Cette horreur qui chaque jour nous entoure, que nous recevons sans la ressentir à travers toute cette imagerie télévisuelle, cette horreur que la fiction met en scène pour nous obliger à réfléchir à toutes ces contradictions que nous portons en nous. C’est bizarre ce film dérange : qu’il dérange ceux qui nient le rôle du cinéma de nous faire découvrir le regard singulier d’un cinéaste, c’est normal, ce n’est même pas la peine d’en parler. Mais ma surprise c’est le rejet qu’il peut provoquer chez des personnes que j’estime. Je ne leur demande pas d’aimer, L’Humanité n’est pas un film dont on parle en ces termes, mais de respecter.
Et là d’autres questions se posent : la pensée unique, elle m’épouvante, elle érige des procès d’intention à toute expression singulière, des mots sont lâchés : « dégoûtant », « catholique intégriste »... Et alors je sais pourquoi ce film est si important pour moi, je sais que c’est un film de résistance. Comme on parle de persistance rétinienne on peut parler de persistance interrogative, la sensation longtemps après que les gens ne sont pas ce qu’on nous a appris, beaucoup trop étranges pour les enfermer dans un seul point de vue politique. Nous n’avons pas réponse à tout, c’est ce que nous dit ce visage du lieutenant de police, ce que nous disent ses yeux grands ouverts qui voient. Ils voient gauchement, lentement, ils voient là maintenant, ils voient l’ennui et le temps. Alors nous on voit bien à travers ce film que dans la vie la beauté est ingrate, que l’homme est complexe, que le manichéisme est un cul-de-sac, que le mystère existe, évidemment ça, il y en a qui ne le supporteront pas.

Marie VERMILLARD, cinéaste

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