La France

Un film de Serge Bozon

France - 2007 - 1h42 min - Couleur - 35mm

Sortie : 21 novembre 2007

Sélections et prix :
Quinzaine des Réalisateurs 2007
Prix Jean Vigo 2007

Soutien Groupement National des Cinémas de Recherche
Scénario : Axelle Ropert
Image : Céline Bozon
Son : Laurent Gabiot, Pauline Gaillard et Maïkôl
Montage : François Quiquere
Musique : Medhi Zannad et Benjamin Esdraffo

Avec :
Sylvie Testud, Pascal Greggory, Guillaume Verdier, François Negret, Laurent Talon, Pierre Leon, Benjamin Esdraffo, Didier Brice, Laurent Lacotte, Guillaume Depardieu

Automne 1917. Au loin, la guerre bat son plein. À l’arrière, Camille, une jeune femme, vit au rythme des nouvelles de son mari parti au front. Mais un jour, elle reçoit une courte lettre de rupture. Bouleversée et prête à tout, elle décide de se travestir en homme pour le rejoindre. Elle se dirige vers le front, empruntant les chemins de traverse afin d’échapper à la vigilance des gendarmes. Dans une forêt, elle rencontre une petite troupe de soldats qui ne se doutent pas de sa véritable identité. Elle va les suivre, et changer ainsi de vie, découvrant au fil des jours et des nuits ce qu’elle n’aurait pu imaginer, ce que son mari ne lui avait jamais raconté et ce que ses nouveaux compagnons se garderont de lui révéler : la France.


Le film présente une originalité rare dans le cinéma français actuel, une liberté de ton, une étrangeté et une force poétique qui m’ont vraiment emporté du début à la fin. En totale rupture avec un cinéma européen soucieux avant tout de réalisme, la quête obstinée du très beau personnage interprété par Sylvie Testud nous plonge dans un univers à la fois de conte et de rêve éveillé que n’aurait pas renié André Breton. LA FRANCE est un chant d’amour fou dans un paysage guerrier, ponctué quatre fois par des chansons simples et belles, avec une instrumentation très originale et pourtant tout à fait réaliste. Les personnages, échappant aux clichés, sont tous intéressants par leur humanité, interprétés avec inspiration par les acteurs, parfaitement dirigés.

Sans volonté démonstrative ou didactique, le film parvient à apporter un message de paix par la forme, une forme se jouant intelligemment et avec virtuosité des paradoxes, reposant sur un humour distancié et serein, une façon curieusement détachée de ne pas se prendre au sérieux et de ne rien prendre au sérieux. Face à cette humeur provocatrice frôlant parfois la farce, on a souvent envie de rire alors que le sujet n’a apparemment rien de comique. On est en fait sans cesse sur le fil du rasoir : chaque séquence est un peu comme un défi, en ce sens où le fil du récit pourrait basculer à tout moment dans l’incongru ou le ridicule. Mais il n’en est rien. Une sorte d’état de grâce mystérieux, énigmatique, traverse le film de bout en bout.
Ce goût irrespectueux pour brouiller les pistes et se situer sur un autre terrain, cette volonté inédite de mêler des genres et de faire fusionner des atmosphères qui ne l’ont jamais été, aboutissent à un film à la fois inventif et léger, étrangement musical et sans fausse note, harmonieux et équilibré. L’image, remarquable par son traitement subtil de la couleur, en parfaite adéquation avec le propos, très distincte de ce qu’on voit dans le cinéma contemporain, contribue au ton très singulier de ce film au style vraiment personnel, donnant la sensation devenue très rare d’un film qui ne ressemble à rien, d’un nouveau cinéma.

Alain MAZARS, cinéaste

La guerre (il s’agit ici de’14-18’) met en avant l’héroïsme, mais certaines personnalités s’y plient difficilement. Elles s’accommodent mal de l’exaltation du surhomme que tendent à imposer les idéologues de théâtres d’opérations souvent sans issues. Même si une morale extérieure adaptée à la politique de puissance réduit ces combattants au silence, par l’arme des sanctions.

Le groupe, que décrit Serge Bozon, mené par un Lieutenant (Pascal Grégory) s’adapte, tout en essayant de « passer au travers », au quotidien. La troupe voit donc d’un mauvais œil débarquer un jeunot (Sylvie Testud) qui prétend s’incruster parmi eux et partager le péril. Et cependant, après avoir créé la surprise, il faut admettre que, sans se mettre en avant, l’adolescent s’impose par quelques prouesses et force le respect. Chacun pressent qu’il remet en question leur position de repli inavouée…redécouverte de la vertu de la gloire ?

Plutôt que d’émouvoir la pitié par le spectacle du plus grand malheur, ce qu’aurait fait Aristote, le cinéaste préfère en effet une autre conception : on reconnaît dans cette figure de « recrue », la générosité des héros cornéliens qui ne subissent pas leur passion, mais l’érigent en une passion plus noble – où la volonté exprime la foi en un monde, et où le bien doit l’emporter sur le mal.

Destins croisés donc, l’adolescent devra tout conquérir à l’intérieur de ce régiment dont il ignore qu’il dérive volontairement. Son désir d’intégration parmi les soldats est tel, que leur méfiance lui paraît légitime. De leur côté, ceux-ci devinent qu’il s’avance masqué, mais sans savoir au juste pourquoi…

En opposant des personnages qui ne boxent pas dans la même catégorie et des registres habituellement peu compatibles, Serge Bozon s’intéresse ici à deux facultés de résister et atteint à une noirceur souriante.

La mise en scène ne se situe pas sur le plan de la reconstitution historique, le film (qui inclut aussi des chansons enregistrées sur le terrain) est davantage construit sur des changements de tons, passant du romanesque à l’observation, et joue souvent avec les attentes du spectateur. Est-il une déconstruction de la virilité pour autant ?

Longtemps filé comme un film d’aventures, soudain la guerre le rattrape et le fracture.

Il y a ici une densité, et une gravité, mais sans rhétorique, c’est ce qui fait l’intérêt du film, et ce qui avait déjà attiré notre attention avec Mods.
Bozon nous introduit en douceur sur le territoire de la filistrie, celui des fils, plutôt que dans la révérence des pères. En nous montrant, sans pathos, les quiproquos d’un groupe en déshérence qui ne peut plus continuer à s’identifier à un patriotisme, il réalise un film qui est davantage tendu vers l’intériorité, et vers une culture de la communication sous la communication. Il actualise.

Marie Christine QUESTERBERT, cinéaste

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