« La Tête la première », un film d’une jeune namuroise très passionnée

Publié le 4 avril 2013

Amélie Van Elmbt présentait ce jeudi à Cannes, son premier film qui est aussi un premier long métrage. Une belle réussite pour cette namuroise d’origine, âgée de 25 ans seulement, puisque avec « La tête la première », elle se retrouve parmi les neuf films en programmation à l’ACID (association du cinéma indépendant pour sa diffusion).
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C’est sans doute grâce à une certaine persévérance et une grande passion pour le cinéma, que cette jeune réalisatrice se retrouve à Cannes aujourd’hui.

Pour réussir à réaliser ce film, Amélie Van Elmbt dû puiser dans ses économies. Elle s’est auto-financée grâce à un petit héritage qu’elle venait de toucher. Personne ne voulait produire son film. D’ailleurs, dit-elle, il est devenu aujourd’hui très difficile de faire des films d’auteur.

« Maintenant les films doivent rentrer dans des cases »

« J’entendais encore les gens de Canal+ il y a quelques jours parler ici, maintenant les films doivent rentrer dans des cases. On ne choisit plus vraiment des films pour la qualité ou leur spécificité, leur singularité. On choisit des films parce qu’on pense qu’ils vont marcher, qu’ils rentrent dans un certain carcan. C’est un peu ça que j’ai eu comme problème pour financer mon film. Parce que comme il est un petit peu marginal, par rapport à ce qu’on a l’habitude de voir, tout d’un coup, les gens ne veulent plus produire ça. Du coup, les gens produisent tous la même chose et on se retrouve avec un cinéma qui est pareil qui se ressemble beaucoup. Il y a des choses qui sont très bien là-dedans mais il n’y a plus d’argent pour les petits films et c’est même pas des films qui coûtent très chers », explique-t-elle.

Même Jacques Doillon, qui a 30 films à son actif n’arrive plus à trouver de financement, assure-t-elle. Aujourd’hui, « si on a pas le comédien ’bankable’, la télé, le canal, le distributeur, on ne peut pas faire le film ». Au final, « ce sont les télévisions qui choisissent les films en fonction aussi des comédiens qui sont overpayés »

Un film pas très grand public

« La tête la première », est l’histoire d’une jeune femme, Zoé, en plein questionnement qui s’est mis dans la tête d’aller à la rencontre de son écrivain fétiche. En route, elle croise le chemin d’Adrien qui décide de la suivre. Une sorte de quête pour ses jeunes adultes assoiffés de liberté dans une société où ils ne trouvent pas leur place.

Un film écrit en un mois et réalisé en trois semaines avec une petite équipe entièrement bénévole. Au final, le résultat est assez impressionnant vu les moyens dont ils ont disposé. L’histoire est romanesque et les personnages très attachants même si on regrette par moment quelques lourdeurs dans la longueur.

« La tête la première » est un film d’auteur et lors de sa première projection, ce mercredi matin, il n’a pas plu à tout le monde. Plusieurs personnes ont quitté la salle au grand regret de la réalisatrice qui, malgré tout, garde le moral grâce aux éloges formulées par ceux qui sont restés jusqu’au bout.

« Cela rassure », confie-t-elle. « Surtout, quand ce sont des éloges qui parlent de la qualité du film, de la finesse des dialogues ou du fait que le film est bien écrit et que les acteurs sont formidables ».

David Murgia ou la découverte d’un acteur plein d’énergie

La réussite de son film, elle le doit très certainement à son acteur principal, David Murgia. Un comédien d’origine liégeoise qui travaille surtout au théâtre mais que l’on a vu, par exemple, dans « Rundskop » aux côtés de Matthias Schoenaerts où il interprète le jeune enfant un peu fou qui castre Jacky.

« Quand je l’ai rencontré, je me suis dit qu’il fallait que ce soit lui le comédien du film », explique-t-elle. Tout s’est donc fait très vite (ils se sont rencontrés en juin et ont tourné en août) car David Murgia avait très peu de temps libre, juste trois semaines au mois d’août.

Une expérience que l’acteur n’est pas prêt d’oublier : « C’était mon premier premier rôle. Donc ça fait que j’ai encore appris quelque chose que je ne connaissais pas . Vraiment ce film a été fait pour l’apprentissage. Là c’est par surprise qu’on est sur cette Croisette sinon il a été fait en plein aveuglement, par désir, c’était juste parce qu’on avait envie de le faire ».

Aujourd’hui, David Murgia est d’ailleurs heureux de cette sélection à Cannes : « C’est merveilleux (...) je suis fier, je suis content pour Amélie. Une surprise c’est toujours agréable. J’espère qu’Amélie pourra faire d’autres choses par après. Moi j’ai déjà des choses qui me tiennent à cœur au théâtre ».

Le soutien de Jacques Doillon

Dans son aventure, Amélie Van Elmbt a pu compter sur le soutien du cinéaste français, Jacques Doillon, avec qui elle collabore depuis trois ans maintenant.

« En fait, Jacques tournait au moment où j’ai eu l’idée d’écrire le film, »Un enfant de toi« qui va bientôt sortir. Je suis passée le voir sur son tournage et je lui ai dit : ’Jacques j’écris un film que je vais faire avec mon argent, est-ce que tu veux jouer dedans car je n’ai pas d’argent, je suis dans la merde ?’(...) Il avait pas du tout envie parce qu’il déteste être acteur, il l’a fait que pour ses films à lui. Et il a vu à quel point je galérais et il m’a dit : ’Écoute, je le fais parce que c’est pour toi’. Et donc il l’a fait. Il n’a pas vu le film du tout avant le premier montage et quand il l’a vu, cela m’a fait énormément plaisir parce qu’il a dit qu’il l’aimait beaucoup et il m’a même dit qu’il avait eu peur de ne pas du tout aimer parce qu’il n’avait jamais rien vu de moi. Donc quand il m’a dit qu’il avait vraiment beaucoup aimé le film, cela m’a reboosté ».

Cannes, cela fait bien sur l’affiche

Au final, cette sélection à Cannes est un très beau cadeau pour cette jeune réalisatrice en quête de distributeurs. Avoir la marque de Cannes sur l’affiche, c’est toujours bien, dit-elle.

En attendant, si cela semble avancer pour trouver une sortie en France, cela reste encore très difficile de convaincre les distributeurs belges, ce qui l’attriste.

Mais cela ne l’empêche pas de penser à son nouveau projet. Amélie Van Elmbt aimerait, à présent, réaliser une comédie sur la maternité ou plutôt l’envie d’avoir un enfant jeune. Et elle n’a pas envie « d’attendre 5 ans pour le faire ! ».

C. Biourge - RTBF

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« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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