La Vie de Jésus

Un film de Bruno Dumont

France - 1997 - 1h36 min - - 35mm

Sortie : 4 juin 1997

Sélections et prix :
Prix Jean Vigo
Scénario : Bruno Dumont
Image : Philippe Van Leeuw
Son : Olivier De Nesles, Matthieu Imbert et Eric Rophe
Montage : Guy Lecorne et Yves Deschamps
Musique : Richard Cuvillier

Avec :
Sébastien Bailleul, Samuel Boidin, Kader Chaatouf, Marjorie Cottreel, Geneviève Cottreel, Sébastien Delbaere, David Douche, Steve Smagghe

Freddy - Fred - vit avec sa mère Yvette à Bailleul. Elle tient le café "Au Petit Casino", siège d'un club de pinsonneux. Soigné à l'hôpital spécialisé de Bailleul pour des crises d'épilepsie qui le complexent, Freddy passe le plus clair de son temps à végéter avec ses copains. Ils n'ont pas vingt ans, ruraux, peu scolarisés et chômeurs déjà invétérés, traînant à longueur de journée sur leurs mobilettes trafiquées. Fred a une copine - son amour - la belle Marie, qui est caissière dans une grande surface. Ils font souvent l'amour chez Fred, sans que sa mère ne dise rien. Chez les parents de Marie qui habitent un peu plus haut dans la rue, Freddy n'entre pas. Il reste devant, des heures durant, à se bécoter sur le trottoir. Souvent ils restent accrochés l'un à l'autre : lui assis sur sa mob montée sur béquille et Marie debout contre lui, pouvant longtemps ne rien se dire, comme s'ils se recueillaient. Plusieurs fois par jour, Freddy et ses copains, Miche, Gégé, Robert et Quin, font des courses en ville et à la campagne avec leurs mobs - ils affrontent même une mystérieuse 205 GTI, à celui qui tiendra, droit devant, le plus longtemps possible ! - et inventent des rites de force. le dimanche, ils vont jusqu'à Dunkerque se baigner ou alors ils font la parade dans la fanfare municipale. Pas très malin Freddy, mais gentil. Un garçon simple , un gars de la campagne. Souvent il fait pitié, bien qu'on devine se développer en lui, une énergie, une puissance avec ce regard qu'il a parfois, ces postures étranges, ces phrases qu'il dit, et ces attitudes qu'il a... C'est à travers cette chronique de la vie de Freddy que vient se glisser une histoire qui, lentement, déploie ce récit en drame...


PAROLES DE CINÉASTES

D’abord dissipons tout malentendu : La vie de Jésus de Bruno Dumont n’est pas un film de plus sur le Christ. Et s’il y a du miracle dans l’air c’est celui qui consiste à réveiller le cinéma en lui insufflant une vie comme on l’a rarement vu. Ce film-là nous met en face d’une évidence : un corps, un visage, une âme, un paysage, tout ce qui erre un peu au hasard et sans but d’un film à l’autre trop souvent, prend ici une force, une exactitude, un sentiment d’existence qui, littéralement impressionne la pellicule autant que la vision du spectateur.
De quoi s’agit-il ? Des paysages du Nord,Flandres ou Pas-de-Calais, pétrifiés comme des squelettes, des ciels immenses d’où tombe une lumière funèbre, un fragment de ville qui semble morte, un café de quartier et ses habitués, une mère attentionnée, un fils épileptique, l’agonie d’un jeune homme dans une chambre d’hôpital, des copains de quartier... vitellonis désoeuvrés, une histoire d’amour violemment charnelle... Personnages et paysages sont à l’unisson d’une solitude désolée qui ne doit être interprétée ni comme une allégorie ni comme un commentaire de l’action humaine. En face de cette solitude, le film nous apprend à regarder une réalité inédite : ses horreurs comme ses beautés, ses contradictions comme ses instants d’harmonie, ses apaisements comme ses solutions violentes.
La peinture de l’activité humaine décrite ici ne connaît ni dissimulation ni duperie. C’est l’exactitude qui l’éclaire. Nulle ellipse : les regards et les gestes se concentrent sur un seul point où le moment le plus trivial peut resplendir comme une transfiguration du destin, à l’exemple de la scène d’accouplement amoureux dans la prairie. Pas d’enjolivement gracieux, aucun raffinement esthétique, pas d’effet expressif dans cette œuvre unique. On assiste pourtant à la victoire éclatante d’une matière sans jamais savoir laquelle a entraîné l’autre. La synthèse de la figure et de l’espace stupéfiante dans son équilibre ménageant à la fois le mystère et la clarté du monde, crée une sorte de « perspective atmosphérique » qui renvoie à une réalité toujours vivante loin de toute tentative d’abstraction, piège ordinairement tentant et généralement payant. Dire enfin que nous assistons ici à la naissance d’un cinéaste est tout de même ... la moindre des choses.

Jean-Claude GUIGUET, cinéaste

Au cinéma, le visage le plus souvent est notre centre de gravité, il condense en lui tout le corps mais ici avec la démarche de Freddy, ramassée, un peu raide qui fige la tête à son buste dont elle n’est plus qu’une prolongation, presque une excroissance, c’est le torse de Freddy qui est notre nouveau centre de gravité et parce que notre regard s’est légèrement déplacé, nous appréhendons le corps comme rarement le cinéma l’aura fait, dans sa totalité. Découvrir la vie de Jésus ce fut avant tout pour moi changer mon regard sur le corps humain. Pourquoi Bruno Dumont a-t-il pris un regard si organique ?
Rarement un film nous aura montré ainsi la vie d’un jeune chômeur en pleines possessions de ses capacités mentales, physiques, sexuelles mais dont toute la puissance et les promesses de vie s’abîment dans un désœuvrement radical et ne laissent qu’un terrible sentiment d’impuissance et de gâchis. Ce qui est bouleversant et une des forces du film c’est que Bruno Dumont nous fait ressentir que Freddy sait tout cela et qu’il le sait mieux que nous. Et quand on n’a rien à faire, rien à devenir, seul le corps apporte une réalité immédiate, certaine, tantôt par le plaisir sexuel, tantôt par la douleur d’une chute ou d’une crise d’épilepsie. Mais ce qui rend le film profondément émouvant c’est qu’à chaque instant, sont perceptibles des multitudes de possibles bonheurs. La beauté de Marie, la tendresse de Freddy, la compassion pour un ami mourant, l’hospitalité de la mère, l’amour de Khader, des paysages saturés de beauté… tout est là en Flandre. Et aussi, avec une extrême lucidité, Marie, la mère, Khader… qui par des mots simples remettent les lignes de démarcation, des limites aux actes, non pas entre le bien et le mal, mais entre le bonheur et le malheur, entre les possibles et l’irrémédiable. Alors reste un constat, ce n’est même plus une question et on en éprouve une terrible tristesse, pourquoi Freddy, ni idiot, ni salaud, ne pouvait-il pas faire l’économie de l’horreur.

Claire DEVERS, cinéaste

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