La Vie nue

Un film de Dominique Boccarossa

Programmation ACID
Cannes 2003

France - 2002 - 90 min - Couleur - 35mm

Sortie : 6 avril 2003

Scénario : Dominique Boccarossa
Image : Jean-Jacques Bouhon
Son : Raphaël Sohier
Montage : Sophie Vincendeau


Avec :
Yann Goven, Catherine Buquen

C'est d'abord l'histoire d'un homme qui meurt puis l'histoire d'un homme après sa mort. C'est aussi l'histoire vagabonde des hommes et des femmes qui l'accompagnent. Un voyage dans l'incertitude de leurs pensées et de leurs actes. L'histoire d'un songe où la raison n'a guère de place quand elle côtoie l'absurde du quotidien. Le parcours de cet homme est une renaissance et la fin, une résurrection.


ENTRE CIEL ET TERRE. J’attends toujours impatiemment le nouveau film de Dominique Boccarossa. Je le regarde faire depuis 17 ans avec régularité et ténacité des films, des tableaux. J’y retrouve chaque fois cet univers, déconcertant pour beaucoup, hors du temps et de l’air du temps. Ses films nous mettent toujours en un endroit où nous prenons du recul et de la hauteur aussi. Après la vision de La Vie nue, des amis intelligents et sensibles parlaient merveilleusement bien de cette revisitation de la vie de Lazare (références bibliques, interprétation sur la représentation des limbes...). Moi je sais juste que le film parle de quelqu’un qui meurt et puis qui revient à la vie et ça me suffit pour être captivée. La Vie nue est un film de sensation, un film où les corps, les visages sur lesquels on s’attarde dégagent une grâce qui peu à peu prend sens, le sens de pourquoi et comment les hommes vivent. Il faut accepter d’être dans la représentation, nous sommes dans l’image de la chose, cette « représentation » provoque de la sensation puis du sens. Ce refus de l’effet réaliste sacralise des gestes, des situations quotidiennes (des enfants autour d’une table, un repas partagé, une danse, une dispute sur une route...) et les métamorphose. A partir d’un échange de regards, du mouvement d’un corps nous sentons les rapports des uns et des autres. Fabuleuse mise en scène de ces êtres qui se croisent mors du mariage : le son, l’image, le temps, ça ne ressemble à rien que l’on connaisse déjà. L’époque n’aime pas beaucoup le cinéma de Dominique, ce n’est pas étonnant, il en prend le contre-pied intégral mais je sais qu’au fil des ans nous sommes de plus en plus nombreux à reconnaître la singularité de sa vision et je sais que là aussi il prend l’époque à cintre pied en imposant son travail sur la longueur, la rigueur, la fidélité et la ténacité.

Marie VERMILLARD, cinéaste

La caméra pianote vers le ciel. Une caméra au balayage insistant, Trop apparent pour ne pas être millimétré. Il n’analyse pas, mais restitue ce qu’il touche, le transforme en tableau, en peinture... Une peinture nette et sans ombre, Maintenue... pourtant prête à se dérober, sans cesse.
L’homme, le protagoniste, ne regarde pas. Il est d’emblée noyé dans son propre regard.
Tout commence avec une réception, En forme de sainte scène, ou kermesse, ou jubilé d’entreprise, Avant tout une prémisse de monde parallèle, d’au-delà.
Ils sont tous là, le genre humain, D’emblée maintenus à distance, comme sur l’autre rive d’un Rubicon, Qu’ils tentent de braver ce no man’s land inflexible, de franchir l’omniprésence de la caméra, Point de vue incontesté du film, et qui va le rester jusqu’au bout, sans défaillance.
Ils s’avancent, le verbe à la bouche, virevoltent à perdre haleine dans la danse, mais restent cantonnés, Taches déconcertées, yeux, lèvres comme flottant devant les visages, ou comme pétrifiés, à la surface de la vie, Autant que les nuages des ciels de ce film,
Tout ce qui passe, flotte, oscille, hésite, va et vient, ne peut s’arrêter, et continue à passer, ou à trembler. Images d’impalpable, de rêve éveillé, Toile d’araignée d’illusoires actions d’un concret trompeur, D’où quelque chose échappe sans cesse à l’entendement de l’apparente cohérence de notre réalité. Cela pourrait tourner à l’exercice de style, tant il paraît improbable d’évoquer l’au-delà, sa symbolique d’éternité, Son impulsion vibratoire, ses ruptures d’avec le temporel, Non pas par la fantasmagorie, Mais au travers du vraisemblable, du monde du réel aux allures de journaliers. Cela ne peut plus l’être, dès le moment où la forme est là, encore et toujours, intentionnelle s’adapte à la minutie. Lumière et couleur, rien qui n’a trouvé sa place exacte, chaque infime détail rappelle le frémissement du miroir qui nous sépare de notre après. « Un mur bleu n’est plus un mur  », entend-on, la caméra avance en crabe, l’enveloppe charnelle, sur la table d’opération n’est plus que sac à bourre de coton... la cruauté insiste, la vie, la mort se découpent dans l’action du tableau. L’esthétique est devenue silence.

Jean JEANNERET, cinéaste

Les Films


Distribution

Pirates


Production

Humbert Balsan





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