La Vierge, les Coptes et moi, de Namir Abdel Messeeh

Publié le 22 mai 2012

« T’as vu la Vierge ou quoi ?  » Si vous répondez par la négative, Namir Abdel Messeeh va tenter de vous démontrer le contraire, avec La Vierge, les Coptes et moi, son faux-vrai documentaire (ou l’inverse). Ce qui commence comme un prétexte (tiens, si on retournait en Egypte, sur les terres natales, pour y recueillir les témoignages de personnes qui ont assisté aux dernières apparitions de la Vierge Marie, dont celle filmée et diffusée sur Youtube ?) devient une quête initiatique sur ses propres origines et sur la guerre fratricide que se livrent entre eux les Coptes (les chrétiens égyptiens) et les musulmans, tous réunis pourtant face à cette apparition mariale publique. Namir Abdel Messeeh n’est pas le seul à nous avoir déjà fait le coup de ces documentaires dont on se demande ce qui est spontané ou relève du jeu (mise en abyme, le réalisateur est ainsi filmé pendant qu’il filme ; les répliques paraissent préparées et les péripéties qui l’attendent semblent téléphonées, soutenues par une petite musique guillerette que ne renierait pas Sacha Baron Cohen). Même s’il use de sa caméra numérique et de Skype pour changer les angles et apporter un peu plus de crédibilité à son propos. Lequel n’est pas toujours des plus limpides, à force de se diriger dans de trop nombreuses pistes, toutes plus intéressantes les unes que les autres au demeurant. Le tout, étonnamment sous-titré en anglais. Tout bascule pourtant dans la deuxième moitié du film, lorsque le producteur, resté en France, décide d’annuler le projet et que la mère envahissante de Namir s’invite pour finir ce qui était commencé. Et mère et fils de provoquer une fausse apparition de la Vierge dans leur village d’origine. Toutes les générations, d’abord interloquées par pareil blasphème, se prêtent au jeu, avec casting pour trouver une Marie plus réelle que nature, drap vert pour l’incrustation des effets spéciaux et tout le toutim. Le film prend alors toute son ampleur et sa dimension émotionnelle. Il était temps. Le miracle arrive sur le tard. Mais il arrive tout de même. On attend donc de ce réalisateur en herbe de tourner un long-métrage entièrement fictionnel, afin de découvrir ce que l’on entrevoit ici, un peu de lumière dans le chaos et un sens de l’esthétique particulièrement réussi lorsqu’il filme son pays.

La Vierge, les Coptes et moi, de et avec Namir Abdel Messeeh. France, Qatar, 2012. Programmation Acid Cannes 2012.

Julien Wagner - GRAND ECART

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