Le Challat de Tunis de Kaouther Ben Hania

Publié le 18 juin 2014

Enquêtant sur un fait divers tunisois - en 2003, un inconnu, surnommé depuis le Challat, avait balafré, à coups de lame de rasoir, les fesses des passantes dont il jugeait les tenues inconvenantes -, Kaouther Ben Hania dresse la cartographie d’un machisme ordinaire, dont la violence, dans les actes comme dans les paroles, dissimule un rapport au statut de la femme plus complexe qu’il n’y paraît.

Peu importerait, en définitive, si le Challat n’était que le produit d’une légende urbaine (une éventualité bientôt évacuée : les agressions sont avérées, confirmera un avocat un temps en charge de l’affaire, mais leur auteur s’est semble-t-il évaporé). Le simple fait que celle-ci ait à ce point essaimé dans l’imaginaire collectif, l’aisance avec laquelle tant d’hommes semblent prêts à justifier, voire endosser les actes du Challat, à plaquer un discours sur ceux-ci, fût-ce pour les condamner (« je respecte trop les femmes pour les balafrer, confie en substance un passant : d’ailleurs, je ne les ai frappées que rarement ») confirment le malaise ambiant, prétexte à une satire sociale au cordeau.

Où l’on apprend donc, partagé entre le rire et la terreur, que, Dieu ayant créé toutes formes de fesses (dixit le créateur d’un jeu vidéo inspiré des « exploits » du Challat, et invitant le joueur à les reproduire, balafrant à l’écran celles dont les tenues sont « provocantes », mais veillant à épargner celles portant le voile), certaines, plantureuses, sont des proies faciles - pour offrir à l’assaillant une large surface d’attaque - quand d’autres, plus menues, nécessitent de la technique et de l’entraînement. Où l’on se familiarise aussi avec l’existence d’un virginomètre, permettant, selon son inventeur, d’évaluer la « pureté » d’une femme à ses urines.

Peine à convaincre, en revanche, la forme choisie, celle d’un mockumentary alternant paroles saisies sur le vif et témoignages recréés, partiellement fictionnalisés. Au moins celle-ci rend-elle compte du visage contrasté de la Tunisie post-révolutionnaire, elle-même à la croisée des chemins, traversée de faux-semblants, et trouvant en Jallel Dridi (acteur-né, en quête d’une reconnaissance facile, prêt pour cela à s’attribuer des crimes qu’il n’a pas commis) une figure idéale.

Thomas Fouet, Fiches du Cinéma

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